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Covid-19 : Patville Le Feuilleton | Chapitre 14 | Six Indiens sur le fleuve

Patville Le Feuilleton, un journal fiction, écrit par Yves Carchon, en temps de la pandémie du coronavirus Un nouveau chapitre à suivre, tous les vendredis.

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Patville, Journal en temps de coronavirus

Chapitre 14 : Six Indiens sur le fleuve

Avec l’inondation de grande ampleur qui avait suivi le déluge à Patville, nous étions loin d’imaginer que les bagnards d’Oraculo avaient brisé leurs chaînes. Faut dire que nous avions d’autres raisons pour nous faire du mouron ! C’étaient pas les sujets d’angoisse qui manquaient. Tout était arrivé si vite, — ce vent, cette pluie, l’eau qui avait brusquement envahi le village, que désormais ne comptait plus pour nous qu’une seule chose : réduire l’inondation pour assécher les rues.

Après une pluie incessante qui avait duré deux bons jours, la rivière avait débordé et avait déferlé dans les rues de Patville, inondant les premières maisons et noyant tous nos champs. Un vrai malheur. Paco, le vieil Indien, avait peut-être vu juste, le jour où il avait parlé à la tannerie de cette grande inondation que lui avait connue. Ça ressemblait bizarrement au scénario qu’il avait annoncé et qui s’était produit durant la grande année du choléra. A y regarder de plus près, ça m’avait bien tout l’air d’en prendre le chemin, à l’exception du choléra peut-être.

Débordé, — on le serait à moins, vu le peu de moyens dont Patville disposait, — Cushing avait dû faire appel aux services du comté pour qu’ils envoient les premiers secours et du matos, afin de pomper l’eau. Mais les routes étant défoncées par les intempéries, on avait dû se démerder tout seuls sur le moment. C’est bien plus tard qu’avaient déboulé par chez nous les équipes du comté. Quand les ploucs s’étaient plaints à Cushing de leurs champs dévastés, il avait répondu, en les envoyant chier, qu’il avait mieux à faire. Et c’était vrai qu’il y avait des urgences. Les champs pouvaient attendre. Mais les gens, non.

Il avait donc pas mal de choses à régler, le shérif de Patville. A commencer par sécuriser les foyers submergés par les eaux et accueillir au mieux ces familles dans le temple. Le Révérend s’était lui-même proposé d’ouvrir les portes du saint lieu. Jim et moi avions mis la main à la pâte pour transbahuter les bancs et les chaises dans une petite chapelle. D’autres gamins étaient venus à la rescousse, à commencer par la bande à Jo Le Cinglé, lui-même suivi par une nuée de filles qui lui collaient aux basques et où Janis ne donnait pas sa part aux chiens.

Jo avait une aura certaine auprès des filles de huit à douze ans. Peut-être parce qu’il crachait par terre et que ça faisait plutôt viril, vas t’en savoir. C’était d’ailleurs assez bizarre que Jo soit venu là donner un coup de main. Il n’avait pas vraiment d’atomes crochus avec le Révérend, qu’il regardait comme un serpent.

« Vicieux comme un serpent, » qu’il répétait entre deux glaires crachées au sol. Peut-être qu’il sentait qu’un rien clochait avec ce cul-bénit. Un sixième sens qu’il avait peut-être, Jo Le Cinglé. Toujours est-il qu’il était là, avec sa horde de groupies et qu’il donnait la main.

Place nette ayant été faite dans le temple, nous avions aligné, sur l’aire libérée de ses bancs et prie-Dieu, une rangée de lits de camp, que le village avait récupérés après la Guerre de Sécession, abandonnés par les Nordistes, qui avaient tout laissé sur place au moment du départ. Certains étaient rouillés, mais ils pouvaient encore s’articuler et se monter facilement.

Leur toile était un peu usée, mais ils tiendraient le coup. Jim en avait essayé un, rien que pour voir s’il ne plierait pas. Mais non ! Il était même resté un bref instant, les mains plaquées derrière la nuque et les coudes levés, yeux clos, comme s’il faisait la sieste.

Le Révérend, à la manœuvre comme à la guerre, tançait les turbulents arpètes que nous étions. Il nous avait aidé à transporter les lits, en se préoccupant parfois du sort de Jim : « Si c’est trop lourd pour toi, Jim, tu laisses tomber ! » qu’il lui disait, tout doucereux.

Et nous on se marrait, parce qu’on comprenait bien qu’il avait un faible pour lui et qu’il parlait à Jim tout drôlement. Moi, non, il ne me parlait pas, ni même ne me voyait, mais Jim, si. Quand je voulais le faire marcher, je lui parlais du Révérend, et Jim, ça l’agaçait qu’il soit son éternel favori.

Bref, chacun au village, en ces jours difficiles, apportait son soutien à qui se retrouvait dans le besoin. Les dames patronnesses, coachées de main de maître par Mme O’Hara et la mercière Mme Holy, entouraient les familles sinistrées, en préparant du thé et en distribuant des tranches de gâteaux.

Au passage, alors que nous évacuions un prie-Dieu, Jim et moi avions fait main basse sur une part de pudding, qu’on avait partagé en cachette dans l’annexe du temple. Mme Holy l’avait bien vu, mais n’en avait rien dit. Elle avait fait comme si de rien n’était.

Les familles venant d’arriver, assises sur leur lit de fortune, s’en remettaient à la bienveillance de Mme O’Hara qui se mettait en quatre pour leur donner des couvertures et des vêtements de rechange, la rivière ayant emporté tout leur linge et autres effets pour la toilette. D’autres dames de bienfaisance, dont l’alerte Mme Samuel, concoctaient un repas pour le soir.

Emy, voulant se rendre utile, suivait les directives de Mme Holy, pour la distribution du thé et pour veiller à ce que tous aient un en-cas. Ne pouvant se taire un instant, elle pérorait avec gaîté, même si personne n’était d’humeur à se détendre. Elle apportait pourtant une réelle fraîcheur, dans ce groupe de maîtresses femmes tout pénétrées de leur mission.

Mr O’Hara, monté à bord d’un canoë, sillonnait toute la zone sinistrée à la recherche de malheureux, encore prisonniers des eaux et qui attendaient du secours. Des gens qu’on avait peut-être oubliés, malgré la liste du dernier recensement regroupant les foyers de Patville.

Mr O’Hara avait dû mobiliser un canoë appartenant à la mairie. Cushing avait accepté son offre de service, sachant à qui il avait affaire, Mr O’Hara étant le portrait craché du citoyen modèle, prêt à apporter généreusement sa pierre à l’édification de leur petite et chère communauté.

De son côté, Cushing ne savait plus où donner de la tête. Il était épaulé par Jeff Collins, lui-même ayant subi l’inondation dans son bureau. Emy avait rejoint sa tante, Mme Holy, qui l’avait accueillie chez elle, en attendant que tout rentrât dans l’ordre. Elle racontait, Emy, à qui voulait l’entendre qu’elle avait bien failli mourir quand l’eau était montée dans le bureau de Jeff.

« De l’eau, dans le bureau, y’en avait jusques là ! » répétait-elle, montrant l’équivalent d’au moins un mètre d’eau. En fait, le niveau d’eau n’avait pas dépassé les cinquante centimètres. Mais Emy désirait partager le malheur de chacun et le faisait à sa façon, voulant insinuer par-là que même le bureau du shérif s’était trouvé endommagé. Il l’était certes, mais pas au point où elle le prétendait.

Par chance, la rue principale de Patville n’avait pas franchement été touchée, les magasins et autres habitations qui la bordaient ayant été construits sur pilotis, voire reconstruits, après l’inondation ayant eu lieu l’année du choléra.

Ainsi les Samuel n’avaient subi que de moindres dégâts dans leur épicerie ; la mercerie aussi, légèrement en retrait, n’avait eu droit qu’à de menues gouttières dans le grenier, ce qui avait fait dire à la très pieuse Mme Holy que Dieu, dans sa miséricorde, avait reconnu ses brebis.

Les O’Hara avaient sans doute bénéficié de sa mansuétude auguste, probablement pour services rendus, Mme O’Hara y étant pour beaucoup. Mais pour le Cactus’Bar, c’était une toute autre affaire !

Se situant pas loin de la rivière, sa terrasse avait été emportée par le flux du courant, et la grande salle avait été noyée. Jim avait pensé au juke-box, et moi à ce putain de kiosque à glaces qui, de longtemps, serait fermé.

Mais là, tout ce désastre, ça s’expliquait peut-être, le Ciel voyant d’un mauvais œil la bière, le rock et la musique nègre. Enfin, ça, c’étaient les bigotes qui osaient l’affirmer, en parlant dans leurs barbes. Et de la barbe, elles en avaient, ça oui !

Jim et moi étions franchement dégoûtés par ces poils qui ornaient leurs mentons et qui ourlaient leurs lèvres. Pour peu qu’elles aient le nez crochu, ce qui arrivait quelquefois, elles avaient tout de ces sorcières hantant les contes dont Jim m’avait parlé. Et si l’on rajoutait que la plupart d’entre elles étaient tout édentées, y’avait de quoi avoir la trouille, vraiment.

Cela dit, beaucoup de nos maisons en bois avaient sombré dans l’eau. La nôtre, construite en dur, avait tenu le choc, mais Pa, Ma, moi et Janis, on était monté à l’étage, au cas où le courant devrait grossir encore. La rivière était loin de chez nous, on l’entendait gronder la nuit, c’est justement pour ça qu’elle avait été épargnée. Nous avec, du coup.

Pourtant, personne ne priait Dieu chez nous. Peut-être que Ma avait prié le Grand Esprit, qui sait. J’y croyais pas du tout, à ces prières de Ma, mais Janis l’avait vu parler aux gros nuages qui traversaient le ciel et aux bourrasques dansant autour de la maison.

C’était peut-être sa façon de prier, à Ma. Moi, connaissant son caractère, je pensais au contraire qu’elle avait engueulé et le vent, et la pluie, et tous les éléments de cette foutue terre. Mais la prière, non, c’était pas dans ses cordes, pas dans son héritage cherokee, ça non.

A ce sujet, — parler de Ma me fait penser au vieux Paco, — Cushing avait dû envoyer un canoë à la tannerie pour l’évacuer lui et les cinq autres indiens qui travaillaient là-bas et qui, d’une heure sur l’autre, s’étaient trouvés coincés par la montée des eaux. De loin, nous avions vu le canoë qui vacillait, porté par la rivière, et où Paco était en proue.

Ça avait vraiment de la gueule, ces six indiens sur la rivière et leurs pagaies rythmant leur arrivée. Ils n’avaient pas tardé à accoster à un ponton improvisé, tout récemment dressé au bas du temple. Paco et ses copains auraient au moins un lit à eux, de quoi manger et de quoi boire, même si le temple n’était pas de ces lieux qu’ils aimaient fréquenter. Moi, repensant au jour où nous avions parlé avec le vieil Indien, je m’étais dit que le barrage construit par les castors dans la rivière sous la tannerie avait dû être salement balayée par les eaux.

Enfin, grâce aux bons soins d’une équipe du comté, arrivée par voie d’eau, l’électricité était revenue, le téléphone aussi, ainsi qu’une partie de la route dégagée, les eaux ayant charrié de gros troncs d’arbres, tout autant de charrettes et moult meubles provenant des maisons englouties.

Les pompes avaient marché à plein régime, de jour comme de nuit, pour tirer l’eau loin en aval de la rivière qui, elle, avait repris son cours normal. Cushing savait que cette inondation leur coûterait un max, qu’il devrait faire appel aux finances du comté pour reconstruire ce qui avait été détruit.

En attendant, il faudrait loger les familles, aider ceux qui avaient du mal à joindre les deux bouts, indemniser les ploucs qui avaient perdu leurs cultures… Et, en énumérant tout ça, il devinait déjà qu’il était loin du compte !

Bref, l’embellie qu’on aurait pu attendre après une telle catastrophe n’était pas au programme, d’autant que Jeff Collins avait eu vent de communications coupées avec le bagne, par le canal de J. Cooper.

Selon le vieux des Hautes Terres, les services du comté s’étonnaient de n’avoir plus aucun contact avec Oraculo et s’inquiétaient de n’avoir aucun signe de Blackstone. Il se murmurait même qu’on était prêt à envoyer la troupe là-bas, pour y voir un peu clair.

En outre, dans la conversation téléphonique qu’il avait eue avec Cooper, Collins avait senti que celui-ci était furieux, ayant appris par son second Jeffries, qui enquêtait pour lui, que Reno avait bel et bien disparu. « — Comment ça, disparu ? — Du jour au lendemain ! Jeffries l’avait dans le collimateur depuis des jours et le marquait à la culotte ! — Il ne peut être loin, avait temporisé Collins. — J’aimerais le croire ! avait conclu Cooper. »

En raccrochant, Collins avait tiré la tronche. Voilà qui ne faisait pas son affaire ! Savoir déjà que le vieux avait mis sur le coup le dénommé Jeffries lui donnait des boutons. Et encore, c’était peu de le dire ! Imaginer ensuite que Reno pût lui filer entre les pattes ne pouvait être envisagé. C’était simplement impossible !

Ce type-là devait payer pour ses multiples trafics. Non seulement pour son commerce de dope, mais pour les filles qu’il convoyait jusqu’à Oraculo. « Un maquereau pareil, lui avait dit Emy scandalisée, devrait moisir dans une prison pour le reste de ses jours ! » Et elle avait pas tort, Emy.

Ayant encaissé la nouvelle d’un Cooper travaillant en free-lance, Collins avait tenté d’aller plus loin et de cerner les choses. Si tant est que Reno bénéficiât réellement d’appuis auprès de certains pontes du comté, ils lui avaient peut-être soufflé l’idée d’aller se mettre au vert. Après la mort d’Alan, c’était la seule chose à faire.

Là-dessus, les pluies avaient bloqué les routes, ce qui avait contraint Reno à rester sagement dans sa planque. Mais quand les voies seraient à nouveau dégagées, — ça, Jeff en était convaincu, il sortirait de sa tanière, pour reprendre son business.

Collins savait qu’il n’abandonnerait pas comme ça, sachant que son commerce était juteux. De plus, il avait à régler une méga ardoise au bagne d’Oraculo ; sa clientèle, là-bas, saurait lui demander des comptes. Reno se trouvait donc dans une foutue spirale, n’ayant pas d’autre choix que de refaire surface.

Et là, lui, Jeff Collins, aurait tout le loisir de le cueillir pour le jeter au trou. Naturellement, il n’avait rien moufté de tout ça à Cooper, le laissant mariner dans sa fureur d’homme de pouvoir à qui tout était dû.

Un autre point avait requis son attention : Oraculo était coupé du monde et plus rien ne filtrait de ce qui s’y passait. Blackstone, son directeur, avait-il encore toutes les cartes en mains ou devait-on craindre une révolte ? Que fallait-il penser de la rupture des communications avec le bagne : était-ce dû uniquement aux dégâts sur la ligne, après le mauvais temps ?

Pour l’heure, Collins devait organiser des rondes dans le secteur, tout autour du village, à seule fin de sauver ce qui, dans les maisons, tenait encore debout. Et bien sûr d’embarquer à bord du canoë appartenant en propre au bureau du shérif quiconque était resté en rade. Il semblait bien qu’il n’y eût plus de survivants.

Par ailleurs, comme Mr O’Hara avait anticipé l’action publique, Jeff, par souci d’une plus grande efficacité, avait convenu avec lui qu’ils devaient se répartir certains secteurs, pour repêcher entre autres les macchabées qui dérivaient vers le village. Un bâtiment de la mairie s’était vu transformer en morgue improvisée, la baisse du niveau des eaux révélant peu à peu de nouvelles victimes.

Evidemment, Emy nous avait rencardés, Jim et moi, au sujet du drame qui semblait se jouer à Oraculo. « Surtout, vous gardez ça pour vous, hein Jim ! » qu’elle avait averti. « — Promis ! avait dit Jim. Si je mens, je vais en Enfer ! ».

Là-dessus, comme Jeff s’était montré soucieux et qu’il avait fait part à notre amie d’une réelle inquiétude, elle s’en était donné doublement à cœur joie, en détaillant toutes les mimiques de Jeff alors qu’il se confiait à elle, tout ça devant Mme Holy qui, l’écoutant, ne cessait d’ouvrir de grands yeux, mi-excités et mi-épouvantés. « — Mon dieu, mon dieu, qu’elle répétait en se signant, Mme Holy, oh, non, pas ça ! » Emy n’en avait pas moins poursuivi, en enfonçant le clou.

« Pour Jeff, ça ne fait pas de doute qu’il se passe quelque chose là-bas ! D’ici qu’ils se mutinent, il n’y a qu’un pas ! « — Tu te rends compte, m’a confié Jeff, avait repris Emy en s’adressant à sa tante horrifiée, si tous ces assassins sortis de tôle se répandent dans le désert et qu’ils arrivent jusqu’à nous ! Tu vois d’ici le carnage !

Eh bien, si ça arrive, je ne donne pas cher de nos vies ! » Mais Jeff avait montré un peu d’espoir, quand, sous le coup de l’émotion, Emy s’était mise à pleurer. « Mais nous pouvons nous en tirer, Emy ! Allons ! Arrête de pleurer ! Tu sais, il leur suffirait d’envoyer la troupe pour réprimer tout ça ! »

Quand j’avais rapporté à la maison ces confidences d’Emy, Ma avait auguré que nous n’aurions que du malheur qui viendrait du désert. Tout ça parce que la vie est justement inexistante dans le désert, que les humains ne peuvent y vivre. La mort et cette immensité sableuse ne faisaient qu’un pour Ma. Là où le vent soufflait, l’esprit ne restait pas. Il s’envolait, s’éparpillait aux quatre coins de l’univers. Il revenait parfois sous la forme d’un aigle, qui planait et planait, sans jamais toucher terre. Ma nous racontait ça, parfois, quand elle était en veine.

Pa, lui, en apprenant ces sinistres nouvelles, avait décrété illico qu’il s’emparerait d’un fusil et qu’il n’hésiterait pas à tirer dans le tas, si par malheur ces repris de justice entraient un jour dans le village. « Pas de quartier ! Je leur botterai le cul à ces gibiers de potence ! »

Sur ce, il s’était déglingué un verre de ce maudit alcool qu’il distillait au fond de sa remise. A voir ses yeux rougis et ses mains qui tremblaient, il en était sûrement à son énième verre, ça oui. Il ne tarderait pas bientôt à s’en prendre à nous autres.

Un seul regard entre nous deux avait suffi pour que Janis et moi nous filions nous coucher. Ma nous avait suivi des yeux, comme apaisée. S’il arrivait à Pa de déraper, il s’en prendrait à elle et pas à nous. Autant ça de gagné. En haut, on s’était réunis, blotti l’un contre l’autre comme des chiens, et on avait pensé chacun à ce cadavre qui flottait à la hauteur du Cactus’ Bar. Puis, d’un seul coup, le sommeil nous avait embringués dans ses rets, à la manière d’un charme.

Sans nous, la nuit était tombée et avait cerné nos maisons, restées encore debout, à commencer par celle de la mercière, où, à la lueur frêle d’une lampe à pétrole, Mme Holy avait prié pour que les eaux de la rivière refluent et libèrent Patville et pour qu’Oraculo ne lâche pas sa horde de démons sur nos misérables foyers. Amen, avait-elle dit avant de s’endormir. Qui sait, peut-être que Dieu ne dormait pas encore et qu’il exaucerait Mme Holy ?

 

Patville, un feuilleton signé Yves Carchon, écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer", de "Vieux démons", de « Le Dali noir », et de son nouveau polar « Le sanctuaire des destins oubliés »

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jazzy57 08/01/2021 16:53

Je me demande si la prière de madame Holy ne restera pas lettre morte
Merci pour le feuilleton passionnant d'Yves Carchon

Bernie 08/01/2021 18:01

réponse la semaine prochaine peut-être...

Elena800 08/01/2021 15:16

Un feuilleton que je lis toujours avec beaucoup d'intérêt même si parfois ça fait peur !

Bernie 08/01/2021 18:01

Merci pour Yves

Renée 08/01/2021 14:59

2 jours de retard a allez lire les blog je lâche cette lecture trop longue aujourd'hui pour moi. Doux weekend

Bernie 08/01/2021 18:02

Ce sera pour une autre fois.

trublion 08/01/2021 08:15

Passe une bonne journée Bernie

Bernie 08/01/2021 18:02

Merci, toi aussi.

moqueplet 08/01/2021 07:33

quand on visite un pays on est loin de tout voir, j'ai vu ce genre de sculpture au Québec mais loin d'être aussi grand et aussi beau....passe un doux vendredi

Bernie 08/01/2021 18:04

Merci.

biker06 08/01/2021 07:06

6 indiens en colère......

Bernie 08/01/2021 18:04

Ce n'est pas rien...

jill bill 08/01/2021 06:37

Merci monsieur Carchon... On risque fort de suivre votre feuilleton un certain temps en 2021...

Bernie 08/01/2021 18:05

Mon petit doigt me dit que tu as raison.