Chevaleresses la nouvelle exposition temporaire de la Galerie S

Le mot « Chevaleresse » existe depuis le Moyen Âge pour désigner non seulement la femme du chevalier mais surtout la femme qui appartient à un ordre de chevalerie.

L’historienne Sophie Cassagnes-Brouquet rappelle dès l’introduction de son livre « Chevaleresses, Une chevalerie au féminin » que le Moyen Âge n’était peut-être pas si « mâle » que ça : c’est un fait, la Chevalerie s’est également belle et bien vécue au féminin.

Si ces femmes guerrières ont fait rêver leurs contemporaines (à travers, en littérature, la figure des neuf Preuses ou encore des Amazones), elles seront oubliées à la Renaissance au profit de figures religieuses, obéissantes, chastes et vertueuses jugées plus adéquates et moins belliqueuses.

Pourtant, ces chevaleresses inspirent encore aujourd’hui des artistes contemporain·es qui ont, à leur tour, repris les armes.

« Les artistes réuni·es sous cette bannière dans l’exposition, proposent de rendre visible ce que peut être une vision féminine du monde, dans des domaines où son regard n’était souvent pas considéré. Y sont détournés la nudité, les armes, la cotte de maille, l’écrit, le langage héraldique et ses codes, le cheval et autres symboles auquel la notion chevaleresque se réfère. Le vocabulaire plastique qu’iels forment, vise à attirer l’attention par leurs oeuvres sur des thèmes classiques revisités par des femmes et des personnes non binaires, à exprimer une inversion de la pensée pour bousculer les stéréotypes de genre.

Chacun·e à leur manière pointe du doigt le lieu de conflit et d’incertitude dans lequel iels avancent en combattant·es comme le sont les femmes, les guerrières, les chevaleresses. Elles ne font pas le choix de lutter, mais elles s’en sentent le devoir, tout simplement. C’est de leur vie et de leur dignité qu’il s’agit et aussi des nôtres, nous les femmes.

Puisque nous devons nous défendre. Ni victimes, ni proies, ni militantes, ni agressives, nous sommes sans arrêt sur le qui-vive, nous sommes en résistance face à des gens qui nous menacent, nous soumettent, nous invisibilisent.

Nous ne choisissons pas la cause des femmes, nous ne nous engageons pas, nous réagissons en rapport aux problèmes que nous rencontrons et ne voulons pas/plus subir. Nous ne souhaitons nullement être plaintives, passives, esquintées, violentées, violentes, agressives, combatives. Nous ne faisons que nous défendre des agressions qui nous sont infligées et imposées, tant morales, psychologiques que physiques. »

Isabelle de Maison Rouge, Docteure en art et science de l’art, historienne de l’art et critique d’art (extrait du texte de l’exposition).

LES ARTISTES EXPOSÉ.ES

Romy Alizée

Romy Alizée est une artiste photographe, performeuse, actrice et réalisatrice franco- grecque. Romy n’a pas fait d’école d’art mais une école de théâtre ainsi que beaucoup d’autres formations “de terrain”. D’abord modèle pour des photographes exclusivement masculins, elle s’empare très vite du médium photographique pour raconter une histoire subjective de l’émancipation, du désir et de l’identité lesbienne, autour de sa propre image et de celle de sa communauté. Son travail photographique a fait l’objet d’un premier livre, Furie, publié aux Éditions Maria Inc. (2018) et a été exposé dans plusieurs pays (France, Portugal, Suisse…).

En 2015, elle tourne dans le documentaire d’Emilie Jouvet My body, My rules, à la suite duquel elle rencontre des réalisatrices de post-porn et porno queer pour qui elle joue dans plusieurs films (Shu Lea Cheang, Erika Lust, Poppy Sanchez…). Depuis 2019, elle co-réalise avec l’actrice Laure Giappiconi la série de courts métrages photographiques : Romy & Laure (Le Secret de l’Homme Meuble, Le Mystère du Plug Enchanté, Happées par Le Trou Spatio-Temporel !).

Intéressée par la performance et l’écriture, Romy Alizée s’associe avec l’artiste Marianne Chargois sur la conception du spectacle Gaze.S, manifeste radical et autobiographique autour des enjeux liés aux travail sexuel. Elles jouent notamment à Genève (l’Usine), Marseille (KLAP) ou encore à Bruxelles (Beursschouwburg).

Romy Alizée
Romy Alizée

Valentine Cotte

Après des études de gravure à l’école Estienne de Paris et de céramique à la HEAR de Strasbourg, Valentine Cotte invoque le dialogue du dessin et de la terre, et par ces biais explore l’ambiguïté des corps, entre images et objets. Au contact de matériaux vulnérables, elle questionne la fragilité de ces « peaux », et la notion du care dans son ambivalence, au regard de ces injonctions pour les personnes sexisé.es.

De ses uchronies visuelles, naît un répertoire de formes hybrides : une façon de faire résiliences collectives, et de réécrire des histoires silencieuses, à la croisée de l’écoféminisme, du post-humanisme et d’un médiéval émancipateur.

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On mappelle cotte de maille 2021-2022-porcelaine-papier-163x50x4cm-photo-Zoe Joliclercq

Audrey Couppé de Kermadec (iel)

Audrey Couppé de Kermadec (iel) est un.e journaliste, un.e écrivain.e, un.e artiste visuel.le et performeur.euse non-binaire et afrodecendant.e. Son travail explore des sujets allant des traumatismes de l’enfance à la santé mentale, en passant par les normes de genre et l’expérience d’être une personne noire et queer touchée par le sexisme. Originaire de Guadeloupe et de Martinique, l’artiste antillais.e utilise son art comme un acte d’amour de soi et un lieu sûr pour montrer sa vulnérabilité. Ses œuvres se veulent hybrides et mêlent le dessin digital, les textes personnels, les photos argentiques et les pistes sonores oniriques pour tisser des collages intimes et politiques. Son travail a été nominé pour le prix Utopi.e 2023.

Audrey Couppé de Kermadec, Négligé fanm nwé ki queer, 2022, Dessin numérique
Audrey Couppé de Kermadec, Négligé fanm nwé ki queer, 2022, Dessin numérique

Esmeralda Da Costa

Artiste franco-portugaise, née en 1982, Esmeralda Da Costa poursuit des études de sociologie puis intègre la Villa Arson à Nice d’où elle sort diplômée avec les félicitations du jury en 2011. Elle vit et travaille à Paris. Lauréate de l’OplinePrize 2018, elle a participé à de nombreux festivals d’art vidéo ainsi qu’à des expositions collectives (Le rêve du scaphandre, CulturFoundry – Paris, 2022 ; Instants Vidéo Numériques et Poétiques – Marseille, 2021 ; Bons baisers de Nice, Galerie Espace à Vendre – Nice ; Les arts éphémères, 12ème édition, Parc de Maison Blanche – Marseille ; L’écho du silence, Espace 16K – Kremlin-Bicêtre, 2020     ).

Son travail a fait l’objet également de plusieurs expositions personnelles, notamment : O GRITO, Maison de l’Île-de-France de la Cité Internationale Universitaire de Paris dans le cadre de la Saison croisée France-Portugal, 2022 ; Apokálupsis au Repaire Urbain à Angers, 2021 ; Altera(c)tions à l’Anis Gras à Arcueil, 2019 ; La Terre-Mère / A Terra Mae au Centro Cultural Adriano Moreira – Bragança (Portugal) 2017 ; MATCH à la Galerie Incognito à Paris en 2015, etc.

Esmeralda Da Costa, Apokalupsis, 2021 Sculpture métal et toile
Esmeralda Da Costa, Apokalupsis, 2021 Sculpture métal et toile

Maya Mihindou

Maya Mihindou travaille comme autrice, illustratrice et photographe.

Ces outils lui permettent d’aborder les mémoires et identités précaires, déracinées, mouvantes. Elle tend l’oreille aux voix présentes et aux archives, accompagne, avec ses outils, d’autres artistes. De Marseille, elle contribue à diverses revues indépendantes – Ballast, Mille Cosmos, Panthère Première, The Funambulist. En 2021/2022, elle participe à l’exposition consacrée à la réalisatrice Sarah Maldoror au Palais de Tokyo ainsi qu’à la biennale Yango ! de Kinshasa. En 2023, elle illustre l’anthologie de poésie d’Audre Lorde  » Contrechant » dont sont extraits les dessins exposés à la galerie S.

Maya Mihindou, Contrechant, 2023 encre de Chine et pigment doré
Maya Mihindou, Contrechant, 2023 encre de Chine et pigment doré

Boryana Petkova

Boryana Petkova est née en 1985 en Bulgarie. Elle est diplômée de l’Académie Nationale des Beaux-Arts de Sofia et de l’École de l’Art et de Design de Valenciennes. La performance est au centre de sa pratique. L’artiste utilise son corps comme unité de mesure pour créer des situations qui déstabilisent, surprennent, provoquent l’échec pour questionner le laps de temps, fragile et authentique, où l’on perd le contrôle. Avec son travail, elle imagine et crée des liens, voire une symbiose (bien que parfois éphémère) entre des éléments opposés. Son but principal est de connecter des espaces, des idées et des êtres mais aussi des énergies différentes. Boryana Petkova vit et travaille à Paris, elle est artiste résidente à Poush Manifesto depuis 2020.

SeeN2_ used optical glasses, copper_dimensions 50x85x25cm_Boryana Petkova 2022
SeeN2_ used optical glasses, copper_dimensions 50x85x25cm_Boryana Petkova 2022

Camille Soualem

Camille Soualem, vit et travaille à Montreuil. Diplômée des Beaux-arts de Paris en 2017 (atelier de Jean-Michel Alberola), elle obtient le Prix de peinture Rose-Taupin en 2018. Elle a exposé lors d’expositions collectives comme lors du festival « Take care » organisé par ManifestoXXI aux Magasins généraux à Pantin, lors de Jeune création 70 organisé à la Galerie Thaddaeus Ropac, Pantin ou encore « à 100% » à la Grande Halle de la Villette. En décembre 2021, elle présente sa première exposition personnelle, à la Corvée à Paris. De décembre à mars 2022, elle est en résidence à la Villa Belleville, et développe un travail d’écriture plastique venant enrichir sa pratique de la peinture et du dessin. En Janvier 2023, elle présente son exposition personnelle « Aiguiser nos larmes » à la galerie EXO EXO, Paris.

Camille Soualem_ExoExo
Camille Soualem

Au début du deuxième millénaire, l’activité guerrière est, selon diverses modalités, professionnalisée et aristocratisée au sein de la Chrétienté latine. La chevalerie renvoie alors à une catégorie sociale formée par les milites, nommés « chevaliers » en ancien français, termes désignant les spécialistes du combat à cheval. A compter du XIIe siècle, la littérature fait la part belle à cette élite qu’unifierait une morale fondée sur des valeurs et qualités (prouesse, largesse, honneur, vaillance…) justifiant sa supériorité au sein de la société. Comme le rappelle Sophie Cassagnes-Brouquet, le modèle chevaleresque – pensé, fantasmé, et représenté – doit donc également s’entendre comme une idéologie. (…)

Le dénigrement du « Moyen Âge », entamé dès l’époque dite « moderne » annoncée par une « Renaissance », a contribué à masquer la diversité des rapports qu’entretenaient les femmes avec la guerre. Réduite à une poignée de fantasmes, la période médiévale sert au XIXe siècle de repoussoir pour mieux vanter les progrès d’une société que l’on souhaite/espère guidée par les Lumières et la science. Ainsi, en cantonnant le féminin au statut de victime, l’histoire a précipité les chevaleresses et les authentiques faits d’armes accomplis par les dames médiévales dans l’oubli. Et avec elles, les rêves de femmes guerrières…

Louise Gay, Doctorante en Histoire médiévale, Université Sorbonne Paris Nord (extrait du texte de l’exposition)

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Informations utiles

Exposition Chevaleresses

Du 5 septembre au 21 octobre

Galerie S.

8 rue du Bourg l’Abbé

75003 PARIS

Métros : Étienne Marcel (4), Réaumur-Sébastopol (4, 3), Art et Métiers (11, 3)

mardi au samedi

12h – 19 h sans interruption et sur rdv

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