Bernieshoot

Web Journal Toulousain éclectique et foisonnant où la qualité domine l’actualité.

Covid-19 : Le Feuilleton | Épisode 15

Déconfinement jour 47… « Journal en temps de coronavirus: Le Feuilleton », un feuilleton fiction, écrit par Yves Carchon, autour du coronavirus. A suivre tous les vendredis pendant la période de pandémie.

Bernieshoot feuilleton covid 19 yves carchon

Journal en temps de coronavirus

Chapitre 5 : Le bagne d’Oraculo

Pour un homme averti comme Mr O’Hara, oraculo se traduisait : oracle, et ce mot-là était comme une réponse que Dieu donnait aux hommes qui se demandaient bien ce qu’ils foutaient en ce bas monde. On pouvait donc imaginer sans peine que tous les assassins bouclés au bagne d’Oraculo devaient souvent interpeller le Tout-puissant.

Et pas en termes choisis comme en usait le Révérend. Mais en levant le poing et en crachant au ciel, en exigeant qu’il leur rendît des comptes, ça oui. Dieu n’avait jamais bien aidé les pauvres ou les déshérités. Que dire de la canaille ? Tout laissait à penser que ce putain de Ciel les avait à jamais oubliés.

 

A ce qu’on avait su, la vie là-bas était atroce et terrifiante. Après plusieurs années passées à se ronger les sangs, les détenus n’avaient plus rien d’humain. Des animaux, voilà à quoi ils étaient tous rendus. Même les matons avaient fini par rejoindre la meute. Douteux, incestueux mélange qui n’enfantait que meurtres et incessante violence. Ça, Jim et moi l’avions appris de la bouche de Reno, après que Jeff eût épinglé ce fils de pute pour le mettre au cachot à Patville.

 

Oraculo : une vie à cuire sous le soleil, à ramasser du sable, à casser des cailloux. A crever lentement : de soif, de faim, de dysenterie, de malaria ou du scorbut. Un trou à rats, Oraculo, où grouillait la vermine, et où les pires démons se dévoraient les uns les autres.

 

Je m’aperçois, à cet instant de mon récit, que je vais un peu vite en besogne, ces données nous étant inconnues à l’époque. Ce dont je veux parler, c’est ce qui est arrivé avant la capture de Reno, avant que n’éclatât la grande mutinerie qui se terminerait par un retentissant massacre.

Oui, au village, on en reparlerait encore longtemps, comme d’un malheur que le Ciel nous avait envoyé, pour nous punir de nos pêchés, avait extrapolé le Révérend. Mais Mr O’Hara avait, lui, avancé une explication plus terrestre. Ce qui avait été la véritable cause de la révolte pouvait se résumer à l’incapacité que les autorités avaient montré à ne pouvoir donner une existence décente aux détenus. « Et d’avoir désigné surtout un incapable pour diriger Oraculo. »

 

Prétendre donc qu’Oraculo, bien avant l’explosion, ressemblait à l’Enfer n’avait rien d’infamant. On n’était même pas loin du compte, pour sûr. Les rares bagnards ayant, par chance, sauvé leur peau en réchappant à la tuerie, en ont, je crois, largement témoigné. Pas beaucoup, faut bien dire, la plupart étant morts. Ce qu’en revanche les huiles du comté savaient, — et ce depuis toujours, c’est qu’il régnait là-bas une discipline de fer et que le directeur du bagne, un ancien militaire, un nommé Will Blaskstone, y faisait régner la terreur.

Il était vrai aussi qu’un tel nid de crotales devait être dompté et strictement cadré. Le règlement ne pouvait pas souffrir la moindre entorse, ni même déroger au moindre manquement. Il en allait de la survie du camp disciplinaire. Chacun devait s’y conformer, au risque d’être envoyé au trou, ou de finir mort et enterré au fin fond du désert.

 

Ce n’était là que l’officiel fonctionnement d’Oraculo et ça n’empêchait pas qu’à l’intérieur du camp   existassent d’autres lois, basées sur le talion, que des caïds avaient substituées à leur profit et érigées comme seules règles à suivre, lois que les plus fragiles et les plus faibles devaient subir. Des brutes qui s’étaient imposées physiquement comme chefs indiscutables et qui régentaient tous les autres, traités comme du bétail.

Blackstone, qui était au courant du plus infime pet dans l’enceinte du camp, grâce à une multitude de mouchards qu’il avait dans la poche, n’ignorait pas cette hiérarchie au sein du camp. Il en jouait, fermant résolument les yeux et déléguant la discipline à plus tarés que lui. Au moins était-il sûr qu’un semblant d’ordre aplanirait tous les problèmes qui ne pouvaient qu’émerger en ce lieu, problèmes qu’il aurait dû régler, si d’autres ne s’en étaient pas chargés.

 

Alors, que restait-il : se faire la belle ? Hors des hauts murs, point de salut. Penser à fuir était inconcevable. Le désert infini, le vent, le sable qui vous cinglait la face et vous coupait le souffle. Le froid, la nuit, à grelotter sur sa paillasse en attendant le jour. Et l’implacable soleil qui vous séchait la peau, vous terrassait, désintégrant dans votre tête la plus minime pensée, chaque jour que Dieu faisait.

Et chaque jour était le même, évacuant à chaque aube naissante, dans l’incandescence assassine du soleil levant, la nuit glaciale, nimbée d’étoiles, — et son cortège de cauchemars.

… A suivre…

Bernieshoot yves-carchon-ecrivain

Patville, un feuilleton signé Yves Carchon, écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer", de "Vieux démons", de « Le Dali noir », et de son nouveau polar « Le sanctuaire des destins oubliés »

 

Retrouvez

 

Covid-19 : Le Feuilleton | Chapitre 4 | Le village de nous autres

Covid-19 : Le Feuilleton | Chapitre 3 | Les culs terreux

Covid-19 : Le Feuilleton | Chapitre 2 | Les culs terreux

Covid-19 : Le Feuilleton | Chapitre 1 La fin des temps

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Helena Oops 27/06/2020 21:55

Bonsoir Bernard
Je poursuis grace à toi ce beau feuilleton...que puis je dire?
Je partage une de mes citations ....
#amwriting #citation #quote #writerscommunity #plume
"L'écrivain n'a de richesses que son esprit et sa plume"
"The writer has for riches only his mind and his pen"
"Författaren har bara sitt sinne och sin penna som rikedom"
"Et quod differentia habet divitiis animum et calamum"
"Lo scrittore ha ricchezza solo la sua mente e la sua penna" „
Der Autor hat Reichtum, nur seinen Geist und seine Feder“
Helena????️
Bon weekend Bernard!
http://helenamybeauty.over-blog.com/2020/06/ma-boite-a-the-en-rotin-mjuk-my-rattan-mjuk-tea-box-min-rotting-mjuk-te-lada.html?fbclid=IwAR2IjmSHV_ohHcbNnTwklTYaGrfgL4TVEAStWa6AN6F9hRmwmj8vCe0y0WE

Bernie 28/06/2020 18:08

Merci pour cette belle citation

Renée 27/06/2020 16:25

Je viens de finir un des ces bouquin j'en parle dans ma réca de fin de mois. Bon weekend Bernie

Bernie 28/06/2020 18:11

Merci pour Yves.

jazzy57 27/06/2020 09:19

Un enfer que ce camp et toujours des opportunistes qui en profitent .
Bonne journée

Bernie 28/06/2020 18:11

Exactement.

biker06 27/06/2020 06:09

brrrr un ramassis de sauvage mi bête mi humaine ....des hells angel's quoi !

Bernie 28/06/2020 18:13

Bonne comparaison

London Caller 26/06/2020 13:25

I hope the pet shop is now open.
I want to buy some guppies.

Bernie 26/06/2020 18:37

may be

trublion 26/06/2020 07:57

Passe une bonne journée Bernie

Bernie 26/06/2020 18:38

merci, toi aussi

moqueplet 26/06/2020 06:54

certain save profiter de toutes les situations, pourquoi pas....il faut avoir ce don.....passe un bien agréable vendredi

Bernie 26/06/2020 18:39

est-ce un don ou des opportunistes ?

Elena800 26/06/2020 06:16

Un texte qui donne la chair de poule mais c'est si bien écrit ! Bonne fin de semaine.

Bernie 26/06/2020 18:39

C'est même très bien écrit