Aux Abattoirs de Toulouse - La Déconniatrie. Art, exil et psychiatrie autour de François Tosquelles

Jusqu’au 6 mars 2022, les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse présentent une exposition inédite dévoilant une histoire qui a fait date dans la psychiatrie au 20ème siècle et ses liens nouveaux avec l’art brut et l’art moderne.

Ce projet d’envergure internationale rassemble plus de 100 œuvres, aussi bien d’art moderne que celles créées par les patients dans l’hôpital, ainsi que des films inédits, des livres, des archives, des photographies et un volet contemporain.

omain Vigouroux, François Tosquelles dans un parc pour enfants, dans le jardin des Bonnafé à l'hôpital de Saint-Alban, non daté, photographie, 5,3 x 7,7 cm, collection Famille Ou-Rabah - Tosquelles ; Reproduction photographique : © Roberto Ruiz
omain Vigouroux, François Tosquelles dans un parc pour enfants, dans le jardin des Bonnafé à l'hôpital de Saint-Alban, non daté, photographie, 5,3 x 7,7 cm, collection Famille Ou-Rabah - Tosquelles ; Reproduction photographique : © Roberto Ruiz
La Déconniatrie. Art, exil et psychiatrie autour de François Tosquelles

Après plusieurs mois de rétention dans le camp de Septfonds, le psychiatre François Tosquelles s’installe pendant l’Occupation à Saint-Alban-sur-Li­magnole en Lozère. Dans l’hôpital où il travaille, avec l’idée de soigner les malades comme l'institution, il fait alors émerger de nouvelles pratiques de soin basées sur l'humanisation, le collectif, le travail et l'ac­tivité artistique par les pensionnaires, dont les créations circulent au niveau local avant d'être collectionnées par Jean Dubuffet sous l’appellation d’Art brut.

Durant la Seconde Guerre mondiale et les années qui suivent, l’hôpital où exercent Tosquelles, ainsi que le psychiatre surréaliste toulousain Lucien Bonnafé, reçoit les artistes et écrivains en fuite, en exil ou de passage ; on y retrouve par exemple Nusch et Paul Eluard, puis Tristan Tzara, qui sont frappés par le lieu et ses habitants. Dans l’après-guerre se mettent en place les fondements d’une psychiatrie "désaliénante", dite de secteur, portée par des activités communes telles que le cinéma, les clubs et les journaux dont le fameux journal interne Trait d’union.

Des psychiatres d’avant-garde s’y forment et y travaillent, à l'exemple de Frantz Fanon, écrivain et penseur martiniquais dont la pensée a influencé le postcolonialisme. Le rôle des femmes dans cette expérience inédite et collective, qu'elles soient patientes ou soignantes, se révèle également majeur.

Avec cette proposition, les Abattoirs poursuivent leurs recherches entamées de longue date sur la création en exil (Picasso et l’exil. Une histoire de l’art espagnol en résistance ; Je suis né étranger), sur le postcolonialisme, et le statut de l’oeuvre d’art, dans la continuité de l’étude et des accrochages de la collection Daniel Cordier. L’apport culturel des exilés espagnols et l’histoire de l’art régionale et en campagne, se retrouvent à l’origine de ce nouveau projet. Celui-ci réunit quatre institutions de trois pays et circulera en 2022 au Centre de Cultura Contemporània de Barcelone et au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid et en 2023 à l’American Folk Art Museum à New York.

À travers cette exposition c'est la place de l’"autre" perçu comme indésirable, étranger, malade, impropre à la vie en société, qui est de nouveau au cœur des Abattoirs. Cette histoire et les pratiques expérimentales de François Tosquelles célèbrent ce "droit au vagabondage" du corps et de l’esprit.

En fin de parcours, dans la nef du musée, l’instal­lation de l’artiste japonaise Yayoi Kusama, qui vit depuis 1977 par choix dans un hôpital psychiatrique, participe à la mise en valeur de la collection des Abattoirs.

Yayoi Kusama, Dots Obsession, 1998, peinture, miroirs, ballons, adhésifs et air, 280 × 600 × 600 cm, inv. : 1999.2.7.  Collection les Abat­toirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse. Photo. : Damien Aspe
Yayoi Kusama, Dots Obsession, 1998, peinture, miroirs, ballons, adhésifs et air, 280 × 600 × 600 cm, inv. : 1999.2.7. Collection les Abat­toirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse. Photo. : Damien Aspe

Un catalogue est édité à l’occasion de l’exposition

La Déconniatrie : art, exil et psychiatrie autour de François Tosquelles

Editions Arcàdia, 2021

Sous la direction de Carles Guerra et Joana Masó

En collaboration avec Julien Michel et Annabelle Ténèze

La Déconniatrie

Avec les textes de Mireille Berton, Christophe Boulanger et Savine Faupin, Kaira M. Cabañas, Carles Guerra, Éric Fassin, Jean Khalfa, Raphaël Koenig, Sarah Lombardi, Joana Masó, Julien Michel et Annabelle Ténèze, Paul B. Preciado, Alejandra Riera,

Valérie Rousseau

248 pages (dont 32 en couleur)

141 illustrations (98 NB et 43 en couleurs)

Prix : 28 €

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E
Ton article est très intéressant et je regrette d'habiter si loin sinon j'aurai visité !
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B
Oui, c'est vraiment dommage.
B
Super intéressant ton article Bernie!!!
Bonne soirée !!!
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B
avec plaisir
E
Cet ouvrage sur ces méthodes de psychiatrie semble intéressant. Bon dimanche
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B
C'est une très belle exposition.
J
J'apprends, découvre, merci Bernie...
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B
avec plaisir
M
merci pour l article
le tableau m à bien plu aussi
bon dimanche pour toi
kénavo
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B
avec plaisir
T
le titre est tout un symbole
Bon dimanche Bernie
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B
totalement
B
ce doit etre assez spécial tout de meme ....bon dimanche
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B
C'est très intéressant à découvrir
M
des images un peu difficile parfois à comprendre, passe un bien doux dimanche
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B
Ce n'est pas simple...