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C’est vrai que je n’aimais personne

Tous les samedis, Yves Carchon, écrivain, nous ouvre son univers littéraire, en nous offrant le plaisir de la lecture d'une nouvelle ou d'une micro-fiction.

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Les âmes perdues de Jim Thompson

A mes heures perdues, je suis shérif. Enfin, j’étais. Depuis, j’ai raccroché les gants. Je suis un peu errant. Je fais partie de ces âmes perdues du bouquin de Thompson. Une âme qui flotte dans le vide, une sorte de bulle de chewing-gum sur le point d’éclater.

Le vide, j’l’ai bien connu dans ce putain de bled où croupissaient le vice, le stupre et l’alcool frelaté. Toutes ses rues malfamées, ses maisons s’entassant où grouillait la misère. Un véritable trou, Pottsville, comptant exactement 1280 âmes.

Un trou d’horreur.

Dans le vide des maisons, y avait des cris de femmes battues, des pleurs de filles violées, des brutes, des putes, de pauvres âmes rongées par le scorbut et toutes ces pourritures qui attaquent les pauvres.

Pas sûr que tous ces ploucs n’aient jamais mangé à leur faim. Le vide, même au niveau de l’estomac, jusques dans les ciboulots, où tu cherchais une seule idée, un gramme de bon sens, une once de jugeotte.

Non, rien de rien !

Et surtout pas dans la cervelle de cette môme qui me collait aux basques et qui couchait pour seulement sauver sa peau. — M’aimez pas, qu’elle hoquetait, Myra. Elle avait tort et raison à la fois. Va savoir.

C’est vrai que je n’aimais personne.

Ou enfin si : ma pomme, l’ordure gitant en moi. Mentant, buvant, baisant tout ce qui bouge et me saoulant mon compte. Mais allant à la messe le dimanche avec tous les bigots. Quand j’ai mis le holà dans ce putain de bled, ça a fait du raffut.

Normal.

Le pauvre type que j’étais s’est transformé en lion. Et puis, voilà, les années ont passé.

Que rajouter ?

Je suis l’une de ces âmes du livre de Thompson, escamotées à l’occasion d’une pitoyable traduction française peuplant Pottsville de seulement… 1275 âmes !

Dans les quatre restantes, il y a peut-être celle de Myra.

Quel plouc d’écrivain pourrait bien la sauver ?

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Une micro-fiction signée Yves Carchon, écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer", de "Vieux démons", de « Le Dali noir », et de son nouveau polar « Le sanctuaire des destins oubliés »

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jazzy57 21/02/2021 13:48

Il est percutant ce constat , l'amer parfois gomme toute tentative de miel .
Bon dimanche Bernie et merci à Yves Carchon pour ces fictions si variées .

Bernie 22/02/2021 19:07

avec plaisir

Renée 20/02/2021 16:16

Te souhaite doux weekend..il me semble que j'en ai encore a lire de cet écrivain

Bernie 21/02/2021 12:08

je pense ... bon dimanche

tiot le mineur 20/02/2021 15:49

Salut,
Même les gueux peuvent aimer.....

Le temps est ensoleillé et la température est bonne pour une sortie et c'est ce qu'on a fait.

J'espère que tout va bien chez vous.

Bonne journée

Bernie 21/02/2021 12:09

oui, et souvent ils aiment mieux

trublion 20/02/2021 09:15

l' écrivain est le maître absolu avec sa plume !
Passe une bonne journée Bernie

Bernie 20/02/2021 11:03

je me demande si parfois le personnage principal ne dicte pas quelques lignes

moqueplet 20/02/2021 07:28

il a la plume facile cet homme, pas comme moi qui chercher mes mots pour pouvoir te répondre, (lol)....passe une bien agréable journée

Bernie 20/02/2021 11:04

Yves a beaucoup de talent

biker06 20/02/2021 06:42

A part soit meme hi hi hi hi
Bon Samedi
Pat

Bernie 20/02/2021 11:04

C'est déjà bien de s'aimer