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Covid-19 : Patville Le Feuilleton | Épisode 27

Déconfinement jour 138… « Patville, Journal en temps de coronavirus: Le Feuilleton », un feuilleton fiction, écrit par Yves Carchon, autour du coronavirus. A suivre tous les vendredis pendant la période de pandémie.

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Patville, Journal en temps de coronavirus

Chapitre 9 : Chagrin d’amour (suite)

Dans la calèche les emportant jusqu’au haras, par un chemin allant se perdre sous la frondaison d’abondantes fougères, J. Cooper s’était mis à soliloquer, mais comme s’il parlait à un autre lui-même. Jeff, avachi dans la calèche qui cahotait, l’écoutait, goûtant distraitement à la fraîcheur du lieu.

« — Alan avait un faible pour les chevaux. Il tenait ça de son grand-père, James Archibald. Dès son jeune âge, il aimait les monter. A six ans, il était en selle et se montra plutôt doué. Plus tard, il voulut les dresser et fit merveille en ce domaine. Un Cooper, voilà ce que représentait pour moi ce fier garçon. Pas comme Harold, mon deuxième fils qui, lui, tirait du côté d’Amanda, ma toute première épouse… Je dis « tirait » car il a bien changé depuis…

Mais pour Alan, il est toujours resté le même. Un enfant impatient et nerveux, ne supportant pas la plus petite autorité. En grandissant, comme tous les garçons de son âge, il aimait la bagarre, se mesurer avec les gars qui travaillaient dans les champs de tabac… Les ouvriers de Lee Sanders… Des rudes et des costauds… Il revenait souvent la tête en sang, en clopinant, ayant reçu sa part de coups et d’ecchymoses…

Bref, il menait alors une vie de jeune blanc-bec, cherchant à s’affirmer sur tous les autres. C’est vrai aussi qu’il détestait l’étude, qu’il m’avait imploré de ne plus l’envoyer au lycée du comté. J’avais cédé, pensant qu’il serait plus utile au ranch. A tort. Aujourd’hui, je peux dire que ce fut là ma plus fatale erreur… Là-bas, il aurait certainement appris la discipline, la vie en groupe, que sais-je… »

Il s’arrêta d’un coup, les yeux fixés droit devant lui, car à la courbe du chemin, une tige de fougère ployait dangereusement et obstruait la voie. Il s’extirpa du siège de la calèche et posa une main ferme sur l’épaule de Pablo.

 

— Atención Pablo ! El helecho ! cria-t-il.

 

Mais Pablo avait fait un écart, hochant tranquillement la tête, et il avait lancé un apaisant : « Si, si, señor ! » après avoir lâché la bride à son cheval.

 

J. Cooper se rassit en s’agrippant au siège. Collins faillit l’aider mais il retint son geste. Pas sûr qu’il aurait apprécié. Il était de la race des vainqueurs. Donc Jeff se garda bien d’intervenir.

 

Au loin, il avait aperçu des bâtiments en dur se profilant entre les arbres. Ils étaient arrivés, pensa-t-il, mais il restait encore une longue ligne droite durant laquelle le vieux avait repris sa litanie. Collins se demanda s’il apprendrait grand-chose en l’écoutant. Peut-être Cooper ne voulait-il que se défaire du poids qu’avait été Alan. Mais il tendit l’oreille, ne voulant perdre la moindre miette de ce que racontait le vieux.

 

« Evidemment, très vite, les chevaux ne lui ont plus suffi. Il s’est mis à courir le jupon et a dû engrosser plus d’une fille travaillant dans les champs chez Sanders. De pauvres filles. Au début, ça avait dû flatter mon orgueil de père. Au moins, Alan était un mâle, un vrai. Ces sortes d’idiotie, vous comprenez, Collins… Jusqu’au jour où il a rencontré Bridget, une cousine d’un des fils Peterson, famille dont la fortune s’est bâtie grâce au Chemin de Fer… 

Comme il se doit, il en est tombé amoureux… Seulement voilà : elle, pas du tout. C’est là que s’est noué le drame de sa vie et c’est à cause de ce chagrin qu’il s’est jeté dans la débauche et dans la drogue… »

 

La calèche s’arrêta dans une petite cour où vaquait un homme de peine et d’où l’on pouvait voir l’enfilade de box qui composait le haras de Cooper. Un long chemin en terre battue en traversait toute la longueur et menait au corral dont on apercevait l’enceinte en bois.

D’un box, un garçon d’écurie apparut, tenant un beau cheval par la bride. Collins pensa à un cheval descendant du Mustang.

 

Patville, un feuilleton signé Yves Carchon, écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer", de "Vieux démons", de « Le Dali noir », et de son nouveau polar « Le sanctuaire des destins oubliés »

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Elena800 25/09/2020 08:58

Toujours aussi captivant et bien écrit !

Bernie 27/09/2020 17:36

Merci pour Yves

trublion 25/09/2020 07:54

C' est l' automne, passe une bonne journée Bernie

Bernie 27/09/2020 17:38

merci

biker06 25/09/2020 06:33

l'univers du cheval c'est pour ma petite fille...

Bernie 27/09/2020 17:38

un bel univers

moqueplet 25/09/2020 06:27

je crois que les chapitres vont encore se succéder, ce n'est pas terminé....dû au manque d'attention de la part de certain....doux vendredi

Bernie 27/09/2020 17:38

nous ne sommes pas au bout du tunnel.