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Covid-19 : Le Feuilleton | Chapitre 4 | Le village de nous autres

Journal en temps de coronavirus: Le Feuilleton, un feuilleton fiction, écrit par Yves Carchon, autour du coronavirus. Retrouvez l’intégralité du chapitre 4 « Le village de nous autres». A suivre tous les vendredis.

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Journal en temps de coronavirus

Chapitre 4 | Le village de nous autres

Patville, c’est le village où nous avons grandi, Janis et moi. C’est là que j’ai connu mon ami Jim et approché les O’Hara. Un village né il y a deux siècles, après la guerre entre les Blancs et les Indiens, quand on avait volé les terres indiennes pour s’y vautrer. C’était aussi le dernier bled du comté avant le grand désert. Un trou perdu, l’extrême pointe du monde connu, comme qui dirait le terminus, et le début d’un monde qui m’obsédait : le monde sauvage.

 

Avec le vent, la pluie portée par les nuages, le sable pénétrant l’intérieur des maisons, et l’infini désert, on sentait bien que ce monde-là recelait des dangers, et qu’il était sans fin. Est-ce qu’on en revenait seulement, si par malheur on s’y aventurait ? Pas sûr. Un seul semblait en réchapper à chaque fois : Reno. L’homme qui ravitaillait le bagne d’Oraculo et qui faisait son business avec les détenus. Mais ça, je vous en parlerai plus tard. Reno, c’est à lui seul tout un poème ! Revenons à Patville !

 

Ici, dans le village de nous autres, à part trimer aux champs comme bête de somme, il n’y avait rien à y foutre. La plupart d’entre nous avaient toujours vécu d’aides sociales, alliées à de minables trafics. Les gros propriétaires terriens, — les bonnets des Terres hautes, préféraient embaucher une main d’œuvre bon marché. Des traîne-savates venus d’autres comtés, des trimardeurs, de pauvres bougres prêts à dire oui à n’importe quel boulot, pourvu qu’ils puissent manger. C’est eux qui travaillaient, pas nous. C’est en tout cas ce que beaucoup disaient.

 

Du coup, certains crevant d’ennui, faisaient le coup de poing. Des rixes qui souvent tournaient mal. On avait eu un mort à la suite d’une bagarre. Jo Cushing, le maire, avait dû édicter un sacré couvre-feu qui avait duré un bon mois, le temps que la tension retombe. Mais le reste du temps, quand on avait seulement deux gars qui s’étaient écharpés, à qui revenait donc le sale boulot de mettre en tôle la viande saoule ? Je vous le donne en mille : Collins ! Celui qui, justement, ne voulait pas porter d’insigne de shérif et qui s’était juré de mettre un terme aux agissements de Reno.

 

Le lendemain de ces mises en cabane, faute de place, il se débarrassait de ces traîne-misère jusqu’au samedi suivant. Puis tout recommençait, avec les mêmes ou avec d’autres, et s’achevaient en d’homériques bagarres. Comme s’y attendait Collins, les soirs de bal apportaient leur lot de problèmes, car ils s’accompagnaient de sacrées beuveries. Allez savoir qui était responsable ! Du coup, Collins bouclait tout le monde, juste le temps d’une nuit.

 

Les vocations s’étant faites rares pour remplacer le vieux sergent qui était mort, Cushing avait désigné Jeff Collins comme responsable de la sécurité du bled. Jeff avait d’abord refusé, avant qu’un gars appartenant à la Police du Comté ne se déplace pour le convaincre de prendre ce foutu poste. Collins, après moult palabres, avait fini par accepter le maudit poste, mais à deux conditions : celle de ne pas avoir à émarger comme shérif et celle d’avoir bureau climatisé et dactylo pour taper ses rapports. Le gars représentant la Police du Comté avait hoché la tête et accepté très vite ces minables conditions. Evidemment, Collins serait rémunéré comme agent du comté, mais en restant simple civil.

 

Jim avait bien compris qu’il ne voulait pas endosser le boulot de shérif et qu’un bureau climatisé participait à son confort. « Mais exiger une dactylo, pourquoi, grand dieux ? » m’avait-il dit. Ce n’étaient pas les rares rapports qu’il aurait à taper qui risquaient de le déborder…Non, c’était autre chose, une chose qu’on avait fini par comprendre. Collins avait une petite amie, avec laquelle il fricotait de temps à autre. Elle s’appelait Emy. Il s’était dit qu’avec un salaire de bureau, Emy pourrait aider sa pauvre mère à se soigner.

 

Et il avait vu juste. Emy, pour qui la connaissait, n’était pas un cadeau. Son cerveau, selon Jim, n’excédait pas la grosseur d’un tête d’épingle. Mais elle était en droit de manger à sa faim et d’entourer sa mère. Elle avait été si contente d’apprendre qu’elle avait ce job. C’est un gars de la clique à Cushing, un employé chargé des clés pour ouvrir ce qui deviendrait le bureau de Collins, qui avait raconté le premier jour de l’arrivée d’Emy et de Collins. N’en ayant pas perdu une miette, il l’avait relaté en se tordant les côtes à un panel hilare de villageois, où Jim avait sa place.

 

— Quand je leur ai ouvert la porte, il est entré suivie d’Emy. J’ai montré son bureau à Collins et à côté, sur un rayonnage métallique, une machine à écrire. Collins a dit : « C’est bon ! » Puis il a montré à Emy la machine à écrire. « Ça, ce sera ton outil de travail ! » Et savez-vous ce qu’elle a déclaré à Jeff : « C’est pas vrai ! Je vais travailler avec toi ? » A quoi Jeff a alors répondu : « Ben, oui ! Mais tu peux encore refuser ! » Alors Emy a fait ses yeux de chat et lui a répliqué : « Oh, Jeff ! Comment pourrais-je te refuser quoi que ce soit ? » Sur ce, elle a plaqué ses lèvres sur les siennes, en y mettant la langue. Et elle a murmuré : « Tu sais, tu peux me demander ce que tu veux » A la suite de quoi, Collins a dit en lui donnant une tape sur les fesses : « En attendant, faudrait peut-être qu’on s’installe ! »

 

Oui, ça s’était passé grosso modo comme ça. C’est Jim qui s’était fait l’écho de ce rapport circonstancié, en y mettant un peu du sien, car je le soupçonnais d’en avoir rajouté, notamment au sujet du baiser qu’Emy avait donné à Jeff, « avec la langue ». Ça, c’était le détail de trop qui en aurait trahi plus d’un, c’est sûr. La tape sur les fesses aussi, d’ailleurs.

Ce premier jour, toujours selon Edward, alors qu’il avait rejoint sa voiture de service sur le coup de midi, Collins avait noté que ça braillait sérieux à l’intérieur du Cactus’s club, le seul bar de Patville. Généralement, quand le vent se levait, les têtes se vidaient d’un coup. Une palpable tension devenait perceptible. Les gens n’étaient que nerfs, humeur et impatience ; ça augurait de franches empoignades en perspective. Faudrait surveiller tout ce monde, s’était promis Collins.

 

L’après-midi, poussant la porte du bureau, il avait retrouvé l’odeur de patchouli dont s’aspergeait bien volontiers Emy. Elle avait fait un peu de ménage dans le bureau et avait installé une table où attendait la machine à écrire. Assise sur une chaise derrière la table, elle avait ôté ses chaussures et s’adonnait à vernir d’un rouge vif les ongles de ses mains. Du même rouge qui recouvrait ses lèvres. Jeff avait fait la moue en passant devant elle, sentant une odeur de vernis lui chatouiller le nez. Son œil était tombé sur les jambes nues d’Emy. Il s’était affalé dans l’imposant fauteuil qui l’attendait derrière le grand bureau.

 

— Eh bien, ne sommes-nous pas des rois, Emy ? qu’il avait dit, gonflé d’orgueil.

Et il avait ôté sa veste et retroussé les manches de sa chemise.

Emy avait levé la tête et lui avait souri.

— On fait quoi, maintenant ? avait-elle demandé.

— On attend.

Ça, c’était Ed, le gars de la mairie qui, étant repassé pour voir si rien ne leur manquait, avait rapporté une telle scène. Le reste de la journée nous avait été révélé par la bouche même de Mme Holy, à la fois dame patronnesse, mercière de son état et grand tante d’Emy.

 

Mme Holy connaissait bien la mère de Jim, puisqu’elle prêtait main forte les jours où il fallait ranger le temple. Comme disait Jim, elle et Mme O’Hara étaient en cheville et lui, du coup, avait l’oreille de Mme Holy. A chaque fois que je l’accompagnais dans le saint des saints de Mme Holy, nous avions droit à des gâteaux et pour chacun un ou deux verres de sirop d’érable. Comme elle était à elle seule la gazette de Patville, nous n’avions plus qu’à ouvrir nos oreilles pour rassembler tout ce qui se disait ou se faisait dans le village.

 

C’est ainsi que Mme Holy nous avait fait un bref topo sur qui était Emy, une pauvre fille, avait-elle dit, qui ayant perdu tôt son père, avait été chargé de s’occuper de sa mère très malade. Une maladie qui atrophiait ses jambes et qui la condamnait à l’invalidité. La pauvre. Ça faisait donc deux pauvres dans la famille, je m'étais dit. « Brave fille, mais manquant de maturité, avait soupiré la mercière. Ecervelée, légère, une vraie tête folle. J’ai dû l’aider et l’ai même engagé pour tenir avec moi ma boutique, mais ça n’a pas duré ! Voilà-t’y-pas qu’elle rencontre ce Collins, un gars qui, paraît-il, serait sorti droit de West Point, et qui serait resté cadet, puisqu’il aurait interrompu très vite sa formation là-bas… ».

 

Mme Holy, nous resservant une rasade de sirop, nous avait dit qu’un type comme Collins n’était pas homme à rendre heureuse Emy. « Un beau parleur, c’est tout ! » avait-elle conclu.

 

Mais ça, c’étaient des racontars. Jim, n’étant pas le dernier des idiots, avait su s’immiscer dans les petites papiers d’Emy. Un soir, au bal, tandis que Jeff Collins éclusait moult bières, riant et palabrant au bar avec les plus invétérés poivrots, il avait vu qu’Emy était assise à une table et qu’elle était bien seule, avec son air chafouin. Elle portait une robe écarlate, largement échancrée, montrant qu’elle en avait sous le tissu, et elle était chaussée de bottines à talon. Les mêmes que portaient Mme Holy, mais en plus chic. Peut-être que c’était Jeff qui lui payait ses frusques et ses chaussures, et qu’il crachait au bassinet sans demander son reste. Emy, pour l’occasion, avait rassemblé ses cheveux en chignon et elle était fardée et maquillée comme une fille. Un mot que j’avais découvert dans la bouche de Jim et qui en disait long sur les agissements d’une telle personne…

 

Toujours est-il que Jim avait dû prendre les choses en mains. En gentleman qu’il était déjà, — et pour ça, je dois dire, j’avais beaucoup à apprendre de lui, —Jim avait donc porté à l’esseulée Emy une limonade, profitant de l’aubaine pour échanger quelques mots avec elle. Emy avait été séduite par ce gamin qui lui parlait, attentionné et tout. Bref, ils avaient fait connaissance et, de fil en aiguille, Jim était devenu une sorte de confident d’Emy. Très vite, il avait eu une vue imprenable sur tout ce qui pouvait se faire dans le bureau de Jeff ou même sur ce qui s’y disait. Et l’empathie de Jim faisait merveille. Emy voyait en lui un frère plus jeune qu’elle aurait pu avoir, un inoffensif copain vu l’âge qu’il affichait. Quand nous la croisions dans la rue, elle ne manquait jamais d’ébouriffer sa chevelure en signe d’amitié.

Du coup, j’étais un peu jaloux. Jim, sans être très beau, avait du swing dans la voix. Une putain de voix tranquille et veloutée qui en aurait charmé plus d’une, et qui en charmerait plus tard toute une armée, quand il serait plus grand. Ça c’était prévisible. Pas besoin de connaître les lois de la gravitation, ni si la Terre tournait vraiment. Jim aurait toutes les femmes pour lui. Toutes, sans exception. A ce sujet, quand je parle de gravitation et tout ce saint frusquin, le révérend disait que ces lois étaient fausses et impies, que Galilée, Newton et quelques autres étaient des mécréants. Moi, je savais pas trop. Une chose me semblait claire : Jim, avec ses antennes branchées sur le canal Emy, savait ce que Collins ferait sur telle ou telle affaire à débrouiller, comment il s’y prendrait, tout ça grâce à sa dactylo d’amie, plus bavarde qu’une pie.

 

C’est ainsi qu’il avait appris ce qui préoccupait le plus Collins. C’était Reno et ses obscurs trafics avec le bagne d’Oraculo. Une obsession qui lui mettait les nerfs à vif. D’apprendre qu’un type comme Reno puisse même narguer l’autorité qu’il incarnait le rendait fou.

 

Le coincer, le jeter en prison était pour lui la priorité absolue. Avec Reno, il comptait bien inaugurer son futur tableau de chasse. Il se disait aussi, s’il parvenait à le coffrer, qu’avec un tel coup d’éclat, il assoirait une belle autorité sur les ploucs du village. A commencer par Joe Cushing, le maire, qui n’était pas de ses amis. D’emblée, Cushing l’avait snobé, le regardant comme un raté. Mais il n’avait personne d’autre sous la main pour remplacer le vieux shérif mort. Donc Cushing avait dû faire avec, bon gré, mal gré, laissant faire le col blanc, arrivé du comté, qui convaincrait Collins d’accepter le poste.

 

Tout ça, c’étaient des bribes que Jeff avait lâchées à une Emy nouvellement conquise. En se rengorgeant comme un paon, Jeff lui avait narré comment il avait négocié son poste auprès des huiles. Elle s’était extasiée. Voilà un gars qui ne s’en laissait pas compter, qu’elle s’était dit. C’est vrai aussi qu’elle devait être tout feu tout flamme en l’écoutant.

 

Au début de leur relation, elle n’avait pas été vraiment surprise que Jeff lui fasse du gringue. D’autres bouseux l’avaient tenté. C’était un brin de fille plutôt charnu et avenant. Sans malices, comme on dit. Avec un cœur plus gros que ça, ça oui. Personne ici n’aurait prétendu le contraire. Mais qu’une telle fille s’entichât d’un gros lard comme Collins, ça, c’était resté en travers de la gorge de pas mal de bouseux. A commencer par le couple O’Hara, Mme Holy et Sarah Samuel, notre épicière ayant recruté Jérémy. Oui, cette histoire, ces deux-là abouchés, avait comme libéré d’un coup les langues de vipère ! Autant Emy était une belle, rieuse, accommodante personne, autant Jeff était gros, grossier et taciturne. Un drôle de couple, « dépareillé » avait noté le pourtant sage Don O’Hara. Si lui trouvait à y redire, c’est qu’il y avait vraiment erreur dans le casting. Et M.O’Hara n’était pas médisant. Non, il voyait toujours les choses de haut. De très haut même.

 

Jim s’était étonné aussi d’une telle chose. Il m’en avait parlé avec dépit, comme si Emy avait été mille fois trop loin avec Collins.

 

— Quand tu penses que ce porc fait des choses avec elle !

 

J’avais hoché la tête, devinant vaguement de quoi il retournait. Mais Jim, rien qu’à la moue qui lui tirait la bouche vers le bas, m’avait tout l’air d’être dégoûté.

 

Selon les confidences d’Emy — et qui expliquait bien des choses, Collins n’avait jamais pu avaler le fait d’avoir été contraint de lâcher ses études à West Point. Tout ça pour cause de problèmes de santé : un souffle au cœur qu’on lui avait trouvé. Du coup, il avait dû abandonner sa formation. Militaire il aurait voulu devenir, Jeff Collins, pour servir le pays et endosser qui sait l’étoffe d’un héros. Un rêve de gamin, très vite brisé devant cette satanée commission de réforme. C’est de cette déception qu’étaient nés ses problèmes, enfin, selon Emy. Dès son retour de l’école militaire, il s’était mis à picoler comme un perdu et avait pris vingt bons kilos en quelques mois. Du fait de la bière, qu’il éclusait sans soif, d’autres kilos s’étaient ajoutés aux premiers, et d’autres encore…Un vrai cercle vicieux.

— Vicieux ? Ah ça, c’est bien le mot, avait remarqué Jim, quand la naïve Emy s’était confiée à lui.

— Oh, Jim, ne dis pas ça ! C’est pas du tout chrétien ce que tu dis de lui !

— Mais je suis pas chrétien ! avait répliqué Jim.

Emy avait pouffé.

— Tu sais, Jeff est quand même un brave type !

 

De fait, on pouvait le penser, si l’on considérait que Jeff Collins était bien décidé à remettre un peu d’ordre, non seulement dans notre foutu patelin, puisque les Terres hautes échappaient à la loi, mais pour ce qui concernait aussi Oraculo. Un brave type, au sens où il avait tout lieu de détenir un brin de morale et une idée du bien public.

 

Pour nous, Oraculo dont quelquefois Mr O’Hara nous parlait, était comme une grenade dégoupillée, toute prête à éclater, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Abandonné au milieu du désert, vivant en quasi-autarcie et bouillonnant probablement de haines et de colères recuites (ça, c’était Jeff qui l’avait confié à Emy), un tel enfer, grillé par le soleil, ne pouvait rien donner qui vaille. On ne pouvait qu’en attendre le pire. D’autant si on jugeait sain et utile de mettre des bâtons dans les roues aux trafics de Reno.

 

Pour s’assurer qu’il avait bien l’aval du comté, Jeff avait joint les pontes de là-bas qui n’avaient pas tardé à lui accorder leur appui. Ils avaient même promis un éventuel renfort, au cas où il aurait du mal à résoudre les choses. Même Joe Cushing lui avait donné son feu vert. Et tous ceux et toutes celles qui donnaient leur avis ici ou là, dans le village, et que Don O’Hara nommait vox populi. Une expression latine, qui remontait aux temps antiques, que Jim avait traduit par : langue de pute.

 

Quand j’y repense, tout semblait bien en place pour que Patville implose. C’est ce qui arriva, mais bien après que Jeff ait mis la main sur l’incroyable et fascinant Reno.

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Un feuilleton signé Yves Carchon, écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer", de "Vieux démons", de « Le Dali noir », et de son nouveau polar « Le sanctuaire des destins oubliés »

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