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Personne n’a envie de savoir ce qui se passe dans la chambre à coucher de son voisin

Virginie Vanos nous propose cette semaine un entretien, une rencontre avec l’auteure de la trilogie érotique ELINE : Angéline Be. Nous sommes dans un monde de paradoxe, il faut taire le sujet « sexualité » et en même temps les gens sont demandeurs.

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Rencontre avec Angéline Be

Angéline Be est l’auteure de la trilogie érotique ELINE, parue en novembre 2017 aux Editions Maïa.

VV : Bonjour Angéline, tu es, entre autres, l’auteure de la trilogie Éline. Une romance érotique qu'on classe dans la "new-romance". Je t’avoue appréhender le sujet avec crainte car j’ai toujours trouvé la littérature érotique effrayante.

Penses-tu que ce soit dû au fait qu’elle nous mette face à nos pulsions les plus intimes, comme face à un miroir grossissant ?

 

Angéline : « Je pense surtout que c’est notre système, notre pays est très puritain. Le sexe c’est sale, c’est intime. On en parle pas et démerde-toi avec ! Alors quand on casse les codes, quand on ose en parler, ça choc et les étiquettes arrivent vite.

 

Cochonne, en manque, besoin d’un expert, frigide, perverse, etc.…

Ce sont les premières, non, l’une des nombreuses premières réflexions, heureusement y en a des bonnes. Et oui, c’est intime la sexualité, donc oui, personne n’a envie de savoir ce qui se passe dans la chambre à coucher de son voisin, enfin à quelques exceptions près. »

 

VV : Comment t’est venue l’idée de la romance entre Eline et Manuel ?

Angéline : « Je suis avant tout une lectrice qui a lu tous types de genres mais j’aime beaucoup la romance. Un jour, ma meilleure amie m’a parlé du lire 50 nuances de Grey et ensuite, j’n’arrêtais pas d’avoir des échos de ce livre.

 J’ai fait ma curieuse et je l’ai lu.

J’ai découvert une nouvelle façon d’écrire la romance.

Finie la touche Harlequin, que je connaissais de ma jeunesse, doux et gentil. C’était sulfureux, brut, y avait l’action, l’amour…un film. Je lisais un film et j’ai adoré.

J’ai enchaîné ensuite les livres, et petit à petit, je me faisais mes histoires sans jamais les écrire. Un jour, je me suis dit « écris-les et vois ». Je n’étais pas sûre de finir ce que j’allais commencer mais je me disais que personne ne le saurait.

J’en ai quand-même parlé à mon mari, car le hic c’est que j’étais nulle sur Word, à part pour écrire faut pas abuser quand-même. Il a été OK et voilà, j’ai commencé comme ça et pour le sujet ça a était moi et lui en version romancé et plus croustillante. Je voulais parler de quelque chose dont j’ai été sûre de connaitre le sujet. »

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VV : A ton avis, pourquoi tant d’auteures émergent depuis une dizaine d’années dans le domaine de l’expression érotique ?

Angéline : « Parce que les femmes, car ce sont beaucoup de femmes qui en écrivent, se sentent plus libres et peut-être aussi plus soutenues par leur conjoint. Je pense pour les auteures que je connais et pour ce que je sais d’elles, leur mari ou conjoint les ont soutenus et poussés à tenter l’expérience sans savoir où ça les mèneraient.

Et sans doute aussi parce que nous sommes dans un monde de paradoxe, il faut taire le sujet « sexualité » et en même temps les gens sont demandeurs. J’entends beaucoup de lectrices qui ont dû mal à parler de leurs lectures ou d’aller en acheter en magasins ou d’en lire dans les transports en commun par peur des réactions et des réflexions.   

Je pense que ceux qui ont des réactions négatives, ne connaissent pas le sujet et ne retiennent qu’une chose « du cul » alors que c’est plus que ça. Et pour finir, je pense que 50 nuances et son auteure E.L James a ouvert la voie à des nombreuses femmes à se libérer et à oser écrire leur histoire. »

 

VV : As-tu été personnellement confrontée à des réactions virulentes, misogynes ou vindicatives suite à la publication de ta trilogie ? Si oui, comment as-tu réagi ?

Angéline : « Eh bien non, mais pour le moment, Je ne suis pas la plus lue non plus. Je ne suis qu’une petite auteure qui vient de débarquer dans la planète littéraire.

Mais faut-il vraiment écrire de la romance érotique pour avoir ce genre de réflexion quand on est une femme ??

Donc je pense que j’essayerai de ne pas répondre à chaud car je suis impulsive et virulente quand on m’attaque ou qu’on attaque un de mes proches. Et j’en parlerais à mon mari qui est la voix de ma raison. Il sait toujours trouver les mots pour m’apaiser. »

 

VV : Crois-tu que l’on puisse mêler un certain romantisme digne des contes de fées à un érotisme brûlant ?

Angéline : « Bien sûr, ne peut-on pas être romantique et avoir une sexualité épanouie et torride ? On doit choisir ?? Je pense qu’on peut écrire comme on voit la vie, comment on ressent les choses.  Je n’avais pas envie pour ma part d’exclure l’un ou l’autre. »

 

VV : Je te sais maman. Quand viendra le moment où tes filles te parleront de sexualité, comment penses-tu aborder le sujet ?

Angéline : « Je vais y aller à leur rythme. Je répondrais aux questions qu’elles me poseront du mieux que je peux et s’il le faut, je trouverais des livres qui parleront du sujet qui les intéressent si je ne trouve pas les mots.

Car c’est une chose d’en parler entre adultes et une autre d’en parler à ses enfants. Une chose est sûre, c’est que je leurs ai déjà dit que leurs corps leur appartenaient et que personne n’avait le droit de l’utilisé si ce n’était pas leur souhait. Et que quoi qu’il se passe elles devaient m’en parler. »

 

VV : Quel est ton sentiment sur le ressenti de tes lecteurs masculins ?

Angéline : « J’en ai très peu, mais le peu est bon. Ils sont très discrets. »

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VV : Enfin, quel avenir imagines-tu pour la littérature érotique ? Sera-t-elle à nouveau condamnée à la censure, ou bien continuera-t-elle l’essor qu’elle connait à l’heure actuelle ?

Angéline : « Je n’en sais rien. Je ne connais pas l’avenir mais j’espère qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Et qu’on va mieux la connaitre, il y a tellement de sous-genre dans la romance, que moi-même parfois je m’y perds.

Il y en a pour tous styles : de la romance classique, l’érotique, l’historique, du thriller, du fantastique, du dark…tellement. Ce sont de vraies histoires et le sexe ne fait bien souvent que porter l’histoire et non, le contraire.

Ce sont des scènes d’amour plus ou moins explicite selon l’histoire et l’auteur.

Un couple ne passe pas sa vie à juste flirter, non, il fait aussi l’amour, sinon il n’y aurait pas d’enfants et nous ne serions pas là. C’est la vie. »

* VV : Virginie Vanos

 

virginie vanos © marc naesen
Virginie Vanos © Marc Naesen

Entretien réalisé par Virginie Vanos

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La Gauffre 13/09/2018 18:35

Hey bonjour Bernie :) Super cette interview ! Ça fait du bien de voir que les tabous sautent les uns après les autres. Merci Virginie, c'est agréable de te lire, en particulier quand on est jeune auteure.

Bernie 16/09/2018 17:59

Nous sommes totalement en phase

trublion 13/09/2018 08:40

il y a une clientèle pour le livres érotiques et j' en suis !
C' est la vie au final !
Bonne journée Bernie

Bernie 13/09/2018 18:11

Alors tu liras certainement celui-ci

dom 13/09/2018 07:58

J'aime beaucoup la façon de s'exprimer de cette écrivaine et ça me donne envie de la lire ...
Merci pour cette découverte d'un nouveau genre.
Bon jeudi, super pour moi, malgré le ciel gris :
avec programme vacances si docteur OK !
Gros bisoux, cher bernie

Bernie 13/09/2018 18:11

Avec plaisir