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Femme seule aux Açores : le sexisme là où on ne s’y attend pas

« Si une femme seule est belle, elle est suspecte, si elle est laide, personne n’en veut », un proverbe qui résume les Açores ?  Virginie Vanos s’est demandée si elle ne nageait pas en pleine métaphore archaïque. Eh bien non !

©virginievanos - stock.adobe.com
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Femme seule aux Açores : le sexisme là où on ne s’y attend pas

Une chronique signée Virginie Vanos

Il y a deux ans, forte de mes heureuses expériences au Cap-Vert et à Madère, riches en belles photos et en rencontres humaines, j’ai pris la décision de me baser dans la banlieue de Ponta Delgada, ville principale des Açores, sise sur l’île de Sao Miguel. Je m’y rendais tant pour les vestiges architecturaux de l’époque coloniale que pour l’exceptionnelle nature de ce tout petit archipel situé à mi-chemin entre Lisbonne et New York.

Je ne connaissais presque rien sur cette région du monde avant de m’y rendre, mais le jour-même de mon arrivée, on m’a résumé les Açores en deux proverbes.

Le premier était « En une journée, on peut vivre les quatre saisons ». J’ai très rapidement constaté que s’il y avait caricature, il n’y avait cependant nulle exagération. Je pouvais me réveiller à 6 heures du matin face à un soleil gentiment réchauffant, me faire rincer par une pluie battante à 11h, me prendre un grand coup de bourrasque en début d’après-midi et finir la journée sous une chappe de plomb, dégoulinante de sueur.

J’ai passé autant de nuits en pyjama tout fin qu’enroulée dans trois grosses couvertures. Jusque-là, rien de grave. Il me suffisait de prévoir un bikini, une chemise à longues manches et une doudoune polaire dans mon sac photo.

 

Le second m’a laissée un peu plus perplexe. « Si une femme seule est belle, elle est suspecte, si elle est laide, personne n’en veut ». Je me suis demandé si je ne nageais pas en pleine métaphore archaïque.

Eh bien non !

Le second jour, j’avais passé la matinée à arpenter les rues de Sao Miguel, Nikon en main, afin de faire des vues de cette charmante petite ville aux ruelles sinueuses et aux maisons joliment colorées.

De retour au bercail, le réceptionniste de mon hôtel m’a demandé comment s’était passé ma balade photo. Je lui ai répondu que j’avais beaucoup aimé et que j’avais eu beaucoup de chance avec la météo.

Sautant du coq à l’âne et me toisant d’un regard froid, il me lança tout de go : « Vous savez, si vous êtes comme toutes les femmes seules à chercher du sexe avec un lusophone, vous pouvez oublier, les hommes açoriens ne sont pas des proies et personne ne voudra de vous ».

Imaginez ma stupeur !

Je lui parle architecture, photo et météo, et il me répond que je ne suis qu’une espèce de vouivre satanique assoiffée de stupre et de luxure. Je me suis retenue à temps de lui lancer les trois insultes que je connais en portugais.

Vu que j’étais condamnée à le croiser quotidiennement pendant deux semaines, mieux valait faire profil bas. Ce que j’ignorais alors, c’est que ce couillon de macho à la gomme n’était pas l’exception qui confirme la règle mais bien un représentant de l’état d’esprit de tout l’archipel.

Vu ma situation évidente (trentenaire de sexe féminin voyageant seule, théoriquement sympathique et conviviale), je me suis retrouve plongée dans une solitude des plus extrêmes.

Je peux compter sur les doigts d’une main les gens avec qui j’ai échangé trois ou quatre phrases : un couple de retraités originaires de Boston, une quinqua suissesse qui vivait la même chose que moi, une famille suédoise dotée d’une fille adolescente mais surtout un petit groupe très hétéroclite avec qui j’ai fait mon baptême en paramoteur : un Israélien de dix-sept ans et deux jeunes ingénieurs du Bahreïn.

L’ONU devrait en prendre de la graine… J’ai passé six heures à causer de la pluie et du beau temps, puis à échanger sur nos cultures respectives sans amorcer la moindre intifada. Plus baba cool que ça, tu meurs… Et tant mieux !

 

Mis à part ces quelques sympathiques rencontres, j’ai été radicalement mise à l’écart. Et parfois carrément mise à la porte. J’ai osé rentrer dans une petite église de village en pantalon et chemise bleue.

Des paroissiens m’ont sortie manu militari, faisant abstraction de la croix qui pend à mon cou. Eh oui…

Pour toute femme ayant dépassé la puberté, là-bas, on ne rentre pas dans un lieu de culte sans être en longue robe noire et voilée comme une Saoudienne.

Chrétienne ou pas, je n’étais qu’une vile pécheresse travestie en futal couleur azur, ne respectant guère les pudeurs de son sexe. On a brûlé Jeanne d’Arc pour des raisons similaires…

 

Dans le même ordre d’idées, je fus intimée de m’asseoir dans un bateau à l’une des pires places. Durant toute la traversée, je me pris des gigantesques trombes d’eau glacée.

Quand j’ai demandé à changer de siège, on me répondit textuellement : « Priorité aux familles ! Quand on voyage en solo, on assume ! ».

Le fait qu’une italienne voyageant seule avec son fils de 4 ans fut logée à la même enseigne me conforta dans l’horrible certitude qu’une femme vraisemblablement divorcée était elle aussi perçue comme une honte sociale.

C’est donc très en colère et trempée comme une souche que je fis le chemin de retour du port jusqu’à l’hôtel où évidemment je croisai le regard méchamment satisfait du réceptionniste.

 

Enfin, pêle-mêle, dans différents contextes, je fus confrontée aux remarques suivantes : « Vous n’avez pas honte de voyager sans mari ? », « Vous êtes lesbienne… C’est répugnant. » (Désolée, je suis tristement hétéro, ce qui ne m’empêche pas de brandir mon étendard des Droits de l’Homme devant la moindre discrimination), « A votre âge, vous n’avez pas d’enfants ? Vous êtes malade ? » sans oublier le « Tu n’es qu’une vieille femme immonde ! » beuglé par un quadra du cru dont j’avais très fermement repoussé les avances.

 

Alors… Oui, les Açores, c’est très joli.

Oui, les produits laitiers sont les meilleurs du monde (je garde un souvenir extatique du glacier ambulant de l’avenue Infante Henrique).

Oui, les hortensias bleus sont époustouflants de beauté.

Mais l’exclusion et la véhémence incessantes valent-elles vraiment quatre crèmes glacées et trois beaux bouquets fleuris ?

hortensia bleu acores

Une chronique signée Virginie Vanos

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Emiloe 21/09/2018 09:53

Bonjour Virginie, nous envisagions ma femme et moi de faire notre voyage de Noces aux açores. Lesbiennes, il semblerait du coup que ça ne soit pas une bonne idée ? Je suis vraiment déçue je m'extasiais déjà sur toutes les belles rando qu'on aurait dû faire..

Bernie 23/09/2018 18:41

je transmets à Virginie.

missfujii. 10/07/2018 17:21

Que ce soit aux Açores ou en Occident et depuis la nuit des temps, le mâle se sent fragilisé dès lors que jeunes femmes ou femmes leur laissent entrevoir qu’elles ont le courage d’être elles, et qu’elles peuvent quasiment s’auto-suffire....

Bernie 10/07/2018 17:46

Tu as parfaitement raison.

Mimi 07/07/2018 15:51

Je reste sans voix... les îles au milieu de l’Atlantique n’ont pas tout du paradis !

Bernie 09/07/2018 18:40

Comme quoi méfions nous des idées reçues.

Flo 06/07/2018 10:18

Les Açores n'étaient pas forcement sur ma liste des destinations que je veux privilégier, mais là, je pense que ce n'est plus du tout sur ma liste. Je suis surprise, pour ne pas dire choquée !

Bernie 07/07/2018 15:43

Je ne peux que te comprendre, le témoignage de Virginie est très utile.

ZALMA 05/07/2018 12:58

Une femme divorcée avec enfant(s) est, en France aussi, une "honte sociale" ; à la différence près que c'est beaucoup moins direct, plus insidieux donc... Cela s'insinue par toutes les interstices du quotidien, mais il ne faut surtout pas le dire, en France !

Il faut même dire le contraire. Là où va se nicher l'hypocrisie...! On ne risque donc pas de faire bouger les choses d'un millimètre avant bien longtemps...

Bernie 05/07/2018 17:52

Comme le dit si bien Virginie, le sexisme est là, où il n'est pas forcément attendu.

trublion 05/07/2018 08:53

et bien, il y a donc aussi les Açores comme endroit rétrograde, c' est à peine croyable ?
Bonne journée Bernie

Bernie 05/07/2018 17:50

Et pourtant, Virginie a vécu ce qu'elle nous raconte.