Bernieshoot

Web Journal Toulousain éclectique et foisonnant où la qualité domine l’actualité.

Poussée par mon pote Luc Doyelle, j’ai participé au chalenge de PolarLens.

Le principe du chalenge PolarLens : écrire une nouvelle policière avec quelques contraintes. Cette année, le thème était : course poursuite, avec obligation d’introduire dans l’histoire une arme blanche, et deux titres de romans policiers.

virginie vanos marc naesen
© Marc Naesen

 

Chalenge PolarLens

Virginie Vanos sélectionnée !

J’ai fait ma bonne élève, et voilà.... Je compte parmi les auteurs sélectionnés! Merci donc à Luc, France, Koko et Xavier de m'avoir coachée dans cet exercice qui était totalement neuf pour moi!

Comme dirait Luc, “ Dans quelques dizaines d'années, ce petit bouquin vaudra une fortune. Pour deux raisons : Un, il est tiré à quelques exemplaires. Deux, il y a au moins deux auteurs prometteurs dedans.

Comme les tirages ont été limités, je ne résiste pas au plaisir de partager ma nouvelle avec vous...

polar lens course poursuite

Meurtres entre femmes

Pour la quatrième fois de la journée, le commissaire Aurore Nogaret se penchait sur le corps inanimé de Camille Monteiro.

Malgré la froideur bleutée irradiant l’institut médico-légal de Cannes, Camille demeurait radieuse. Aurore avait honte d’être troublée par la grâce morbide de celle qui fut son amie. Ce fut avec soulagement qu’elle vit entrer dans la salle d’autopsie Bruno Baron, son premier adjoint et meilleur ennemi intime.

Baron avait vingt ans de plus qu’Aurore, en paraissait le double et pesait trois fois son poids. Il était profondément agacé par cette trentenaire à la beauté ambigüe, à la voix rauque et surtout par cette homosexualité qu’elle n’avait jamais dissimulée. Pourtant, il appréciait son calme et sa diligence. Elle estimait le quinquagénaire bedonnant pour sa détermination et sa réactivité.

- Eh, Nogaret, c’était une de vos copines de partouze ?

- Baron, bouclez-la si c’est pour dire des conneries. Avez-vous reçu l’analyse toxicologique ?

- A vos ordres, M’sieur !

Aurore avait l’habitude de ses impertinences. De l’extérieur, nul n’aurait pensé que les deux flics nourrissaient un lien de grande camaraderie tant les insultes fusaient à chacune de leurs conversations.

Elle se saisit du rapport qu’il lui tendait.

- Overdose d’insuline… Mais elle n’était pas diabétique !

- Et vous doutiez de l’homicide volontaire? De plus, à moins d’être Shiva, il y a des endroits où il est impossible de se piquer soi-même. Regardez ici, au bas des dorsales. Et là, on dirait que l’assassin a tenté d’atteindre l’artère fémorale...

- Donc, on écarte d’office Léa, sa compagne. Elle est cardiologue, elle aurait fait mouche dès la première injection. De plus, elle a un alibi en béton armé. L’heure de la mort se situe vers 14 heures. Elle était alors en pleine consultation. On a une douzaine de témoins pour confirmer. Sans parler de sa vive réaction quand nos collègues l’ont avertie.

-Mouais, c’est dur de simuler un tel chagrin… Bordel, c’est la version goudou de Huis-Clos ! C’est peut-être pas du Sartre, mais ça sent à plein nez le crime passionnel, la furie des gazons maudits, les instincts basiques de la femelle qui n’a jamais connu l’homme !

- Baron, vous me les brisez... Mais grâce au tas d’inepties que vous venez de m’infliger, je pense qu’on peut déjà tracer quelques pistes… Léa peut mise hors de cause.

- Ensuite ?

- Laissez-moi quelques heures. J’ai une vérification assez… hum... délicate à effectuer. Cette qualité vous manque tant que vous risquez de brusquer mes éventuels témoins.

Aurore jeta un dernier regard à la dépouille de Camille et sortit promptement de l’institut.

Deux heures plus tard, elle était attablée au Sapphyx, un cabaret gay sur la côte varoise où Mégane et elle avaient leurs habitudes. C’était là qu’elles avaient fêté leur premier anniversaire de mariage. Camille, Léa et même Baron y étaient présents. Tout le monde ignorait que ce serait leur dernier moment d’insouciance. Quelques mois plus tard, Mégane fut victime d’un AVC, la laissant fortement diminuée. Parfois, Aurore ne reconnaissait plus celle qu’elle avait aimée tant Mégane était amère, hargneuse et vindicative.

- Alors, ma poule, c’est la petite Camille qui t’amène ? Pauvre pitchoune… Elle était si belle ! Et d’une telle gentillesse…

Aurore leva les yeux sur Estelle, la sculpturale meneuse de revue des spectacles du samedi soir. Estelle était plus qu’une amie. Son statut d’indic en faisait la confidente privilégiée de la commissaire. Aurore pensait qu’Estelle était mieux informée de ce qui se passait dans la région que deux commissariats réunis.

- Estelle, qui pourrait lui en vouloir ? Je t’épargne les détails, mais pour quel motif aurait-on pu l’assassiner ? On la connaissait, elle n’aurait pas fait de mal à une mouche.

- Je ne vais pas t’apprendre ton métier, ma jolie. Mais qu’est-ce qui fait tourner le monde ? Le fric et le cul. On sait que c’était pas la Rothschild, la môme. Heureusement que Léa pourvoyait à leurs besoins…

- Imaginons, tu devrais commettre un meurtre. Tu t’y prendrais comment ?

Estelle tira promptement un couteau de sa jarretière et le planta dans le bois laqué du comptoir.

- Avec ça ! Une arme légendaire ! Un couteau d’arsouille, un 22, si tu préfères ! N’oublie pas que Maman était de Marseille et que Papa était Corse ! Et si c’était par vengeance, crois-moi, je ne le planterais pas dans le cœur... Trop doux ! Trop rapide ! Mais plutôt quelques coups bien douloureux dans les articulations et un der en plein bide !

- Dieu merci, tu n’as pas d’ennemis ! Tu es capable de garder un truc pour toi ? Camille a été tuée par des injections successives et maladroites d’insuline. C’est à mon sens un meurtre de débutant. Et l’insuline, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval.

- Suffit de draguer une nana qui bosse dans le médical. Tu l’envoutes sur son lieu de travail… Tu attends qu’elle tourne le dos, et tu te sers ! Ni vu, ni connu !

Aurore regarda fixement Estelle.

- Camille était fidèle à Léa ?

Estelle rougit jusqu’aux yeux.

- Oui. Mais le contraire n’était pas vrai.

- Léa ? Avec qui ?

- Te bile pas, c’était juste quelques coups vite faits, ça n’a pas duré... C’était avec… ta Mégane.

Aurore poussa un petit cri de stupeur. Grâce à Estelle, il ne lui fallut pas dix minutes pour comprendre. Par dépit, par dégoût d’elle-même, Mégane avait eu une aventure avec Léa. La cardiologue avait probablement vite rompu, mue par la culpabilité. Mégane s’était vengée.

Estelle retint son souffle. Elle aussi avait saisi. Voyant le beau visage d’Aurore se décomposer sous l’effet de l’horreur, elle ne sut que dire. Mais quand les yeux noisette de son amie se remplirent de larmes, elle lui prit le poignet et lui murmura doucement.

- Je suis désolée… Tu pensais être mariée à une princesse en détresse et tu te rends compte que ta femme, c’était une Misery hardcore. Ma louloutte... Que comptes-tu faire?

- Mon devoir de flic.

Raide comme la justice, Aurore sortit du Sapphyx. Dès qu’elle fut dans la rue, elle composa fébrilement le numéro de Baron.

- Baron ? J’ai du neuf.

- Alors, Boss, vous avez une piste ?

- Non. Un, ou plutôt une coupable. Rendez-vous chez moi dans une heure trente précises.

- Pourquoi ?

- Ne me faites pas perdre mon temps. Téléphonez à Estelle dès que j’ai raccroché. Elle vous dira tout. Je rentre à Cannes.

- Commissaire, vous allez bien ?

- Je raccroche. Téléphonez à Estelle et rappliquez chez moi. C’est un ordre.

Aurore s’engouffra dans sa Peugeot et, pied au plancher, prit la route vers son domicile. Certes, elle arrêterait Mégane, mais avant que ses collègues ne l’interpellent, elle voulait lui parler, seule à seule, et ce à n’importe quel prix.

Elle n’eut pas le temps de tourner la clé dans la serrure qu’elle entendit Mégane hurler.

- Alors, ça fait quoi d’être cocufiée par une handic ?

La voix de Mégane vrilla les tympans d’Aurore. Elle semblait complètement hystérique, à la limite de la démence.

- Mégane ! Mégane ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

- Ta chère Estelle a ouvert sa gueule de pute ! Elle m’a téléphoné pour me sermonner ! De quel droit ? C’est pas elle qui ressemble à la tour de Pise! Et toi ! Avec ton visage d’ange et ton corps de déesse ! Avoue que je te dégoûte ! Léa n’était qu’un prétexte pour te faire souffrir ! Mais elle m’a plaquée trop tôt ! Ah, c’est beau les crises de conscience quand on vient d’avoir quatre orgasmes d’affilée !

Aurore courut à l’étage. Mégane n’était ni dans la chambre, ni dans la salle d’eau. Où avait-elle filé ?

Le temps qu’elle redescende, elle entendit le vrombissement de sa Peugeot.

- Mégane ! Tu ne peux pas conduire ! Arrête, c’est du suicide !

Les sirènes de la PJ couvrirent la réponse de Mégane, braillant toujours à pleins poumons.

A la stupeur d’Aurore, Baron se retrouva soudain posté devant elle.

- On l’aura, patron, je le jure sur mon taux de cholestérol. Et avec la tête que vous avez, je vous appelle un toubib.

Pendant que Baron tenait à bout de bras une Aurore chancelante, il se saisit de son talkie.

- Appel à toutes les unités. Vous mettez le paquet et vous me coffrez la nana qui conduit la voiture du commissaire Nogaret. Oui, une Peugeot 308 de couleur bleue. Si elle est dangereuse? Idiot, tu me prends pour son psy ? J’ai pas passé six mois à jouer au bridge avec elle !

Mégane s’était éloignée de quelques kilomètres. Son handicap rendait sa conduite hasardeuse, mais sa fureur était telle qu’elle n’hésita pas à quitter la nationale pour s’engager vers une petite route menant vers le nord. Elle ne songea même pas au GPS qui la trahissait. Elle n’avait qu’une seule hâte: fuir… Mais où ?

Les patrouilles des Alpes-Maritimes furent rejointes par celles des Alpes de Haute Provence.

- Baron ? Elle roule comme une pétée ! On l’a prise en chasse mais elle fonce comme une balle et quitte régulièrement la route. On peut pas anticiper !

- Fais pas le con, improvise et fais pas chier. A toutes les patrouilles, on se grouille !

Au croisement de Digne-les-Bains, la Peugeot tangua dangereusement.

- Nogaret ! La cible est dans mon champ de vision !

Aurore murmura comme pour elle-même.

- Ma Mégane… Juste une cible…

Il y eut quelques dizaines de secondes de silence. Baron serrait son émetteur-récepteur à s’en faire blanchir les jointures.

- Baron, vous m’entendez ? Elle nous sème !

- Elle embraye dans quelle direction ?

- Gap, je crois.

- C’est dans les églises qu’on croit, bleubite ! Tu la rattrapes !

Un signal vint d’un autre émetteur.

- Vous êtes le lieutenant Baron ? Ici, l’agent Guichard, de la brigade d’Allos. On lui coupe la route, mais ça risque de faire du dégât.

- Guichard, faites du mieux que vous pouvez.

Le silence se fit dans les récepteurs cannois. Aurore restait impassible, vidée d’elle-même. Baron ne la quittait pas d’une semelle, alors que le médecin appelé en urgence auscultait la jeune commissaire sans qu’elle ne semblât s’en apercevoir. Les minutes passaient lentement, douloureusement.

Enfin, il y eut un nouveau signal.

- Baron ? Commissaire Nogaret ? On a tiré dans les pneus.. Elle a dévié. Tout a pris feu. C’est fini.

Aurore n’avait plus la force de pleurer. D’un geste fraternel, Baron la prit par l’épaule.

- C’est horrible à dire… Pardon… Aurore… Mais c’est mieux pour tout le monde que cela finisse comme ça

virginie vanos meurtres femmes

 

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Mimi 27/04/2018 15:10

Les femmes ne font pas dans la dentelle, les héroïnes comme leur auteure ! Mais y’a d’la vie et ça remue les tripes. Bravo Virginie !

Bernie 27/04/2018 18:31

Merci pour elle