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Le Satiricon de Pétrone

Entre réalité et apparence de réalité, le Satiricon de Pétrone invite le lecteur à penser et à critiquer la société romaine décadente de son temps. Le goût du spectaculaire finit par métamorphoser l’homme et par l’abêtir. Voilà qui devrait nous parler !

Le Satiricon de Pétrone

 

Le Satiricon de Pétrone

Relire les Anciens par hygiène de pensée

Il m’arrive de relire les Anciens, soit en voyant ce qui, hélas, encombre nos librairies, soit par hygiène de pensée. Un bon vin se doit de vieillir. Pas trop non plus, au risque d’être imbuvable, comme il arrive parfois à certains livres du passé. Pétrone s’en tire bien.

Je dirais même qu’il reste très actuel.

Détaché de sa gangue de classique défraîchi, il a encore du jus. Et son Satiricon que j’ai ouvert ces derniers jours s’est imposé à moi comme une œuvre frivole, au récit lâche, libre, débridé ; sans rime, ni raison (du moins apparemment), vagabondant au gré d’une fantaisie toujours renouvelée et inventive, bref une œuvre moderne.

La modernité de Pétrone

J’ai bien relu : ces seize livres (seize chapitres dont des parties hélas perdues) écrits sous la période paroxystique de Néron, entre conjurations et meurtres, et composés de prose et de vers mélangés, de contes et racontars – de digressions dirait-on aujourd’hui – ces seize livres donc n’ont pas de thème central à proprement parler.

C’est bien ce qui fait là la « modernité » de Pétrone. On s’y promène allègrement, sautant d’un lieu à l’autre, d’une maison où l’on se moque de l’éloquence du moment à un autre logis où l’on fait amplement bombance, quand on ne finit pas dans une chambre de lupanar à trois ou plus... Un « roman » déjanté où il est fait état d’aventures singulières, colorées, pittoresques, vécues par des héros mi gouapes, mi voyous — d’antihéros pourrait-on dire — que le ridicule même ne semble plus tuer.

Pétrone s’amuse à brosser des portraits comme des croquis pris sur le vif, à nous confier le fruit de ses observations — scènes vues ou vécues — à exploiter le merveilleux filon du burlesque parodique, usé ici jusqu’à la corde, à épingler moqueusement discours, clichés ayant cours à l’époque et manies littéraires qui voudraient glorifier avec pompe et grandeur philosophie et poésie et éloquence !

Ni thème, ni trame véritable ne soutiennent le Satiricon.

Un ton léger et caricatural (de romans grecs préexistants ?), une verve sans limites lui donnent son élan. Tout se passe en disputes, en réconciliations sur l’oreiller — ou bien ailleurs — en cocufiages, en projets de vengeance, en complots sombrement ourdis pour se finir en rire et en chansons, en libations et galipettes.

Hommes, femmes, gitons, tout semble bon pour jouir de l’amour. Pétrone, nous dit Tacite dans ses Annales, n’avait pas la réputation d’un « débauché... mais celle d’un voluptueux raffiné dans son art. »

A sa mort, précise-t-il, « il ne voulait entendre que vers badins et poésies légères. » Heureux temps où, même sous la férule d’un empereur dément, pour peu qu’on trouvât fin, profond, gracieux de raconter sans fard les fariboles, fredaines, secrets d’alcôve de ses contemporains, on pouvait vivre d’insouciance ! 

Heureuse et saine liberté !

Pétrone est vivifiant. Il faut le lire — ou le relire. Sans trop savoir pourquoi, sans doute à cause de la dérive des personnages, j’ai repensé à Accatone de Pasolini. Il m’est venu aussi l’idée que Le Satiricon était l’illustre ancêtre du roman picaresque.

Derrière Encolpe, narrateur et héros de sa propre destinée, se cache déjà Gil Blas de Santillane.

yves carchon auteur romancier

Une chronique signée Yves Carchon écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer"

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Commenter cet article

covix 15/12/2017 22:35

Bonsoir,
Une bonne chronique, j'ai le souvenir du film mais je n'ai pas lu ce roman, enfin le premier d'une longue liste qui continue encore de nos jours.
Bonne soirée
@ plus

lemenuisiart 15/12/2017 19:16

Cela doit être bien

trublion 15/12/2017 08:31

cela démontre qu' en fait les hommes ne changent pas
Bonne journée
Amitié