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Les dénoy-auteurs ou la jetable-poésie de LIONEL MAZARI

Lionel Mazari, considéré comme un des plus grands poètes contemporains, a rassemblé ses textes poétiques sous le titre L’impossible séjour, vibrante somme où voisinent fulgurances surréalistes, gravité, fables, nouvelles et aphorismes. Le poète nous dit vouloir « s’éloigner de la pensée conceptuelle sans se rapprocher pour autant de la pensée magique ».

Les dénoy-auteurs ou la jetable-poésie de LIONEL MAZARI

 

Les dénoy-auteurs ou la jetable-poésie de LIONEL MAZARI

Lionel Mazari, insoumis prophétique

J’ai découvert Lionel Mazari, insoumis prophétique. Lumineux et obscur, hautain, proche, pressant, colérique, rieur, persifleur ou badin. Ce poète-flingueur porte des pains de dynamite, non pas entre les dents comme Pierrot le Fou, mais là, enfouis dans la musette de ses strophes. L’impossible séjour est une somme poétique à lire absolument.

Mais le poète ici, las de devoir subir la morgue de poètes-imposteurs qui font la pluie et le beau temps en Poésie, a voulu remettre un peu d’ordre dans « la grande écurie de l’incurie » qu’est la poésie d’aujourd’hui.

Dans les trois premiers volets des Dénoy-auteurs ou le jetable-poésie court une sainte colère : celle de constater sans fioritures à quoi en est réduite, hélas, la poésie. Triste, lugubre et intraitable constat. Mazari brandit sa plume vengeresse ; il dézingue franchement ceux qui ont mis main basse sur la Poésie.

Comme il a du mordant, il ne fait pas dans le velours ou dans la soie et il a mille fois raison ! Dans sa première salve, L’hiver du poème, il dresse un état des lieux tout à fait calamiteux : la poésie d’aujourd’hui (et depuis un certain temps, disons cinquante ans) est aux mains des imbéciles, des gangsters et margoulins. Le jetable-poésie, c’est ce qui se fait chaque matin avec du papier cadeau en prime. En somme du jetable, du consommable, mais sans la plus minime essence de poésie.

Dans la deuxième salve, titrée délicieusement Les Anonymes Amnésiques, lesdits poètes reconnus ou dits éditeurs de poésie sont mis bellement au pilori, nommément avec humour et dérision. Volée de bois vert contre la gentry dite poétique qui ne peut sortir intacte de la mémorable fessée !

Les « pères Ubu de l’édition » ont, merdre, mérité cent fois d’être ainsi démasqués ! Enfin, la dernière salve, Poésie sans parole, met en lumière la farce que nous jouent (et que se jouent hélas) de bons poètes parfois en s’engageant dans ce que notre tireur à vue appelle « l’oralité poétique ». Dire ou porter ses propres textes ne va pas de soi, c’est vrai.

Ne cédons pas aux mirifiques sirènes de ceux qui « dénaturent leurs voix par leur prise de parole » ! Consolons-nous, nous qui scandons nos textes dans nos têtes : « ni le silence ni l’ombre, dit Mazari, ne sont une punition pour le poète. »

Dans ses autres poèmes tirés de L’impossible séjour, on retrouve une colère entière, une rage assumée, plus contenue peut-être, et des accents à la Rictus. Il y a maintes correspondances entre les poèmes de Mazari et les Soliloques du Pauvre. On trouve même ici ou là de cette contrition à la Villon, geignarde et vaguement madrée. Mais d’un Villon qui aurait lu Rimbaud, Apollinaire, Carco, Bruant. J’ai lu dans la préface des Dénoy-auteurs qu’on évoquait Lautréamont. Mazari a ses chants, cela paraît incontestable.

Au fait, les dit-il devant un auditoire ?

 

Yves Carchon

 

Les dénoy-auteurs, Editions du Port d’Attache, 6 euros

L’Impossible séjour, The BookEdition, Intégrale des poèmes de 1981 à 2011.

« Une voix majeure de la poésie contemporaine ».

Lionel Mazari

Lionel Mazari est comédien à Marseille depuis une vingtaine d’années. Il a joué dans une vingtaine de pièces de Molière, Feydeau, Sartre, Ionesco, des adaptations de Stendhal, Voltaire, Aragon, Hugo, Rimbaud, Radiguet, Strindberg, André Ughetto, dans des mise-en-scène de Frédéric Ortiz, Jamel Eddine Bencheikh, Jean-Louis Benoît, Bernard Fabrizio, Andre Ughetto, Martin Kimmel.

Il a mis en scène et interprété une dizaine de spectacles, adaptés d’œuvres de Dostoïevski, J-J Rousseau, Malcolm Lowry, Michel de Ghelderode, André Velter, Thierry Metz, Jean-Louis Giovannoni... Il forme des élèves au jeu théâtral, en lycée, dans le cadre de l’option théâtre au baccalauréat.

Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages de poésie qu’il porte à la scène, sous forme de récitals, voix parlée et chantée. En tant que poète, il a été invité sur de nombreuses scènes : Théâtre de la Criée, Institut du Monde Arabe, Médiathèque de Nice, Gap, Salon de Provence, ainsi que sur les ondes de France Culture.

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Mimi 19/11/2017 14:27

Voilà qui semble intéressant et inatrendu. Maintenant à lire pour se forger vraiment une opinion !

covix 17/11/2017 10:53

Bonjour Bernard,
Je note, une de mes lectures que j'aime bien, la poésie.
Bonne fin de semaine
@mitié

trublion 17/11/2017 08:09

il faut bien reconnaître que les faux poètes sont légions
Bonne journée
Amitié