L’Oiseau vert est Une fable philosophique de Carlo Gozzi, un texte intégral traduit par Agathe Mélinand et une mise en scène, décors et costumes Laurent Pelly. Du 15 au 19 novembre au TNT Toulouse.

L’Oiseau vert

L’Oiseau vert

   

L’Oiseau vert

À la recherche de L’Oiseau vert

Conversation entre Agathe Mélinand et Laurent Pelly (extraits)

gathe Mélinand : Cela faisait longtemps que tu me parlais de L’Oiseau vert de Carlo Gozzi, depuis une dizaine d’années, je crois. Tu revenais très souvent sur l’éventualité de mettre en scène cette pièce. Pourquoi ?

 

 

 

 

Laurent Pelly : J’ai été fasciné à la première lecture par la dimension de ce texte, par la théâtralité, la magie, l’humour, le regard sur l’humanité… c’est une pièce impossible, c’est un monstre. C’est toujours un défi extrêmement excitant que de s’attaquer à un monstre de théâtre comme celui-là.

 

 

 

AM : Tu te souviens si déjà à l’époque tu avais été frappé par les différences de styles de l’écriture de Gozzi ?

 

 

LP : J’ai surtout été frappé par la liberté de ton, une invention que je n’avais jamais rencontrée que chez Shakespeare, mais c’est différent. Chez Gozzi, il y a une ironie féérique extrêmement étonnante. Pour moi, c’est une chose centrale, toi, tu parles de « féérie misanthrope ».

On est dans le paradoxe, la féérie ne devrait logiquement être ni ironique, ni misanthrope. Il y a bien sûr le merveilleux, mais il y a aussi une satire, une peinture de l’humanité extrêmement méchante et là est le paradoxe.

 

 

AM : Avec lui, on est émerveillé par la théâtralité permanente de son travail. Dix styles d’écriture différents !...

Bon, en deux mots, c’est écrit en vers de onze pieds libres le plus souvent, à d’autres moments ces vers vont se mettre à rimer, à d’autres moments, on va abandonner le vers libre ou le vers rimé, pour passer au vers martélien et ensuite pour passer en prose. Ensuite, on va utiliser du lazzi, de l’improvisation pour commedia dell’arte mais en même temps cette improvisation libre soi-disant, va être complètement écrite par Carlo Gozzi.

Il suffit finalement de rajouter des petits verbes pour faire que le lazzi devienne une scène écrite. Pour traduire Gozzi, il faut ouvrir son esprit et, surtout, rire avec lui….

Suivre l’humour de Carlo Gozzi qui se moque de ses personnages sans arrêt. Il ne les prend pas au sérieux. Il se moque de la jeune fille Barbarina, il se moque de son frère. Il se moque de la

vieille reine, du roi hypocondriaque. Il se moque même de la figure qu’on pourrait penser intouchable : l’Oiseau vert magique est ridicule parce qu’il parle en vieux vers, les vers martéliens de l’Abbé Chiari que Gozzi haïssait.

Il y a une jouissance de l’écriture théâtrale très rare et qui est comme une explosion de plaisir.

Et toi, alors ? Une fois qu’on se retrouve avec dans les mains un monstre de théâtre comme L’Oiseau vert, comment on le prend quand on est metteur en scène ?

LP : Le danger et la difficulté d’une pièce comme celle-ci, c’est que c’est tellement délirant scénographiquement qu’il ne faut pas se laisser tenter…

Mais c’est loin de n’être que ça. Ce qui est intéressant, c’est de pouvoir faire entendre la musique de ces mots-là et avant tout de les jouer. C’est ce que j’ai envie de faire avec les acteurs.

C’est-à-dire, ne pas se préoccuper surtout de la scénographie, des scénographies impossibles. La scénographie est comme un personnage de la pièce.

Les acteurs vont habiter ce grand espace, cette vague, qui est notre décor, où seront posés ces personnages très agités. Elle va compliquer et les aider. La transposition de la commedia dell’arte moderne, passe avant tout par quelque chose de très dessiné dans le corps et les pentes du plateau, notamment, vont accompagner…

On va s’amuser avec ça. Il y a beaucoup – pas de cascade mais presque – de chutes, des mouvements. C’est brutal aussi. On n’a pas dit ça mais c’est brutal Gozzi.

Décembre 2014

 

 

Carlo Gozzi

Dramaturge

Carlo Gozzi naît le 13 décembre 1720 à Venise, sixième des onze enfants du comte Jacopo Antonio Gozzi et d’Angiola Tiepolo, nobles désargentés du Frioul. À l’âge de 21 ans, il entreprend son service militaire, durant trois ans, en Dalmatie.

Pendant cette période, il connaît sa première expérience d’acteur improvisateur dans une représentation privée.

En 1747, il crée, avec son frère aîné Gasparo Gozzi, époux de la poétesse-traductrice Luisa Bergalli, l’Académie des Granelleschi. Cette institution a parmi ses objectifs littéraires la sauvegarde de la langue et de la littérature toscane des influences étrangères.

L’année suivante, Carlo Gozzi publie ses premiers recueils de poésie. Le déclin de la commedia dell’arte, initié par Goldoni qui s’inspire du théâtre français, fait se confronter les deux dramaturges dans un conflit d’esthétique.

Gozzi décide de mettre en scène des contes populaires pour contrer le réalisme des pièces de son concurrent. Grâce aux comédiens de la compagnie Sacchi, ses spectacles trouvent un certain succès auprès du public vénitien.

Alors que Goldoni part pour la France, Gozzi continue à œuvrer pour l’ancien modèle dramaturgique. Pour le théâtre de Venise, il écrit dix fables théâtrales qui laissent beaucoup de place aux éléments fantastiques et dont la plus connue est L’Amour des trois oranges.

En 1765, il a écrit L’Augellino belverde, caricature sur les idéologies du siècle, à laquelle il a opposé la sagesse traditionnelle.

Ses Memorie inutili, autobiographie en trois tomes sont publiées en 1797, il y évoque avec bonheur sa vie et celle de la Venise de l’époque.

Carlo Gozzi meurt le 1er avril 1806.

 

Agathe Mélinand et Laurent Pelly

En janvier 2008, Agathe Mélinand et Laurent Pelly sont nommés codirecteurs du Théâtre national de Toulouse.

En 2008, Laurent Pelly y met en scène Jacques ou la soumission et L’avenir est dans les oeufs d’Eugène Ionesco ainsi que Le Menteur de Goldoni traduit par Agathe Mélinand.

En 2009, Laurent Pelly crée Talking Heads d’Alan Bennett. La même année, Agathe Mélinand et Laurent Pelly proposent Cami, la vie drôle ! Un spectacle pour les comédiens de L’ATELIER du TNT.

Agathe Mélinand écrit et réalise Monsieur le 6 d’après Sade.

En 2010, Laurent Pelly met en scène Mille francs de récompense de Victor Hugo et Funérailles d’hiver d’Hanokh Levin. En 2011, Laurent Pelly met en scène Les Aventures de Sindbad le marin d’Agathe Mélinand.

 

La même année, elle réalise Tennessee Williams – Short stories.

En 2011, Laurent Pelly met en scène les comédiens de L’ATELIER dans J’ai examiné une ampoule

électrique et j’en ai été satisfait d’après Daniil Harms.

En 2012, il met en scène Macbeth de Shakespeare. Agathe Mélinand écrit et réalise, en 2013, Erik Satie – Mémoires d’un amnésique.

La même année, Laurent Pelly met en scène Mangeront-ils ? De Victor Hugo.

En 2013, ils proposent Edgar Allan Poe - Extraordinaires avec les comédiens de L’ATELIER.

En mars 2014, Laurent Pelly crée Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare et Agathe Mélinand conçoit un spectacle jeune public, Histoire de Babar, le petit éléphant de Jean de Brunhoff, sur la

musique de Francis Poulenc.

En 2015, Laurent Pelly met en scène L’Oiseau vert de Carlo Gozzi dans une traduction d’Agathe Mélinand. L’année suivante, il retrouve Eugène Ionesco avec La Cantatrice chauve.

En 2017, il créera Les Oiseaux d’Aristophane, traduit par Agathe Mélinand.

 

Programmation de L’Oiseau vert

Carlo Gozzi

Agathe Mélinand

Laurent Pelly

Production TNT

  • ·         Mar. 15 novembre / 20 h 30
  • ·         Mer. 16 novembre / 19 h 30
  • ·         Jeu. 17 novembre / 19 h 30
  • ·         Ven. 18 novembre / 20 h 30
  • ·         Sam. 19 novembre / 20 h 30

Grande salle

2 h 15

Œuvres à (re)découvrir

Autour de L’Oiseau vert

Écrits sur le théâtre, Dramaturgie de l’acteur et poétique théâtrale, Carlo Gozzi, Actes-Sud

Papiers

  • ·         Mémoires inutiles, Carlo Gozzi, Éditions Libretto
  • ·         Mémoires de J. Casanova de Seingalt, écrits par lui-même
  • ·         Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre, Collection Le Temps retrouvé, format poche, Mercure de France

Musique

  • ·         L’Amour des Trois Oranges, Sergueï Prokofiev (1919)
  • ·         Divertimento, Béla Bartók (1939)

Sculpture

  • Maman, Louise Bourgeois (1999)

 

Source

 

 

  

 

Bernieshoot Webzine

Tag(s) : #Théâtre, #Culture, #Toulouse

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