« 2084- la Fin du Monde » écrit par Boualemen Sansal, publié aux éditions Gallimard dans la collection blanche, vient d’être désigné meilleur livre de l’année par la magasine « Lire ». il a également obtenu le grand prix du roman de l'Académie française.

2084 - La Fin du monde - Boualem Sansal

2084-La fin du Monde

1984 une référence

Comme vous l’aurez deviné, « 2084 » tire son nom d’une référence à l’un des romans d’anticipation les plus connus, à savoir « 1984 » de George Orwell. Et pour cause : nous y  retrouvons un postulat de départ identique, un monde futuriste imaginaire, ravagé par des décennies de guerre et dominé par un régime totalitaire.

 

La particularité de « 2084 »  est qu’il explore sous tous les angles possibles l’utilisation quotidienne, exacerbée et particulièrement vicieuse de la religion au service d’un régime totalitaire structuré autour de son dictateur dénommé Abi.  

C’est un monde terrifiant que dépeint Boualem Sansal, où chaque parcelle de civilisation a été minutieusement étudiée pour détournée, atrophiée, voire même éradiquée pour ne laisser place qu’à une société entièrement soumise.

Ainsi, à titre d’exemple, la langue même de cet étrange royaume qu’est l’Abistan est l’Abilangue, spécialement créée pour remplacer tout autre langue et effacer toute mention d’un monde étranger (qu’il soit ancien ou contemporain).

On y organise tant des sessions au stade où sont exécutés les désignés coupables que d’incessantes cérémonies et festivités en tout genre à la gloire du royaume et d’Abi. Tout est prétexte dans ce royaume pour rappeler à chaque instant la soumission due au régime au travers du culte « religieux » établi, à grand renfort de cérémonies en tout genre mais également par la mise en place d’un système de contrôle (et de délation) qui n’a rien à envier au Big Brother de « 1984 ».

 

Avertissement et dénonciation

Tout comme « 1984 ».  était une réaction au stalinisme mais aussi et surtout au nazisme, 2084 vient ici en réaction aux dérives sectaires que notre monde contemporain connait, comme un avertissement et une dénonciation d’un futur qui pourrait devenir le nôtre si nous ne savons pas chaque jour nous questionner sur la place de la religion, tant dans la vie personnelle que dans la vie politique et son utilisation détournée aux fins de manipulation.

Questionnement

Le personnage principal de ce roman, Ati, le devient par des circonstances exceptionnelles. Son endoctrinement était parfait.

Ce n’est que parce qu’il se trouve momentanément écarté, relégué dans un sanatorium au fin fonds de l’Abistan, qu’Ati va commencer à se questionner et à questionner son environnement. Ce questionnement va naître d’une prise de conscience de la notion de frontière, qui va remettre en cause les fondements de son existence.

Le plus effroyable dans cette quête personnelle est de constater que ce questionnement est loin d’être brutal et radical : lorsqu’Ati réintègre finalement la société, il essaie tant bien que mal de dissimuler son doute. L’endoctrinement est si intense qu’il ne choisit pas d’abord la rébellion.

Ce personnage incroyablement naïf va finalement, petit à petit, essayer de lever le voile sur ce royaume et ses mensonges.

Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire mais j’ai trouvé que la fin était bien pensée, élégante et amenait à une interrogation plus profonde.

Conclusion

Bien entendu, même si Boualem Sansal indique en avertissement que « le lecteur se gardera de penser que cette histoire (…) emprunte à une quelconque réalité connue », je ne peux m’empêcher de faire la comparaison entre l’utilisation d’un dévoiement de la religion mentionnée dans 2084 et l’utilisation contemporaine dévoyée de l’Islam pour recruter et endoctriner des terroristes.

C’est un très beau livre dont je vous recommande vivement la lecture.

 

#MRL15 #PriceMinister.

J'ai eu la chance d'être sélectionné pour participer aux Matchs de la Rentrée Littéraire de PriceMinister-Rakuten. C'est dans ce cadre que j'ai lu ce livre (extrêmement bien écrit) et que je publie avec grand plaisir cette critique.

 

Quatrième de couverture

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.

Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…

Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

 

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Tag(s) : #Lecture, #Etranger

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