@bernieshoot Ian Manook et son épouse Françoise

@bernieshoot Ian Manook et son épouse Françoise

Polars en Mongolie

Dans ma librairie préférée,  toujours à la recherche de nouveautés et sur de très bons conseils,  découvrir un polar se passant en Mongolie m’a tout de suite motivé.  Pouvoir  s'évader ainsi c'est une vraie chance.

Rencontrer Ian Manook lors du festival des littératures policières de Toulouse est une autre vraie chance et son interview ne vous laissera pas insensible. 

En se quittant Ian m'a dit "j'attends vos questions" , voici ses réponses.

Bonjour Ian, en choisissant Yeruldelgger, un titre imprononçable pour un premier polar, aviez-vous peur d'être lu?

J’ai eu des raisons à la fois affectives et pratiques de choisir ce titre.

Affectives parce que c’est un vrai prénom mongol. Dans la tradition mongole, les prénoms sont souvent l’assemblage de deux notions. Les hommes s’appellent « hache de fer » ou « cœur d » acier » par exemple, or Yeruldelgger signifie « Promesse d’abondance ». J’ai trouvé ce prénom attachant par rapport à la force à la fois minérale et fragile que j’ai voulu donner à mon héros. Et puis ce roman, c’était lui, Yeruldelgger, et il méritait de lui donner son nom.

Chez Albin Michel, tout le monde l’a accepté au premier tour. Puis au second tour, des réserves ont été émises sur la capacité des lecteurs à prononcer ou mémoriser ce titre. Un autre argument a été développé aussi : suggérait-il suffisamment la Mongolie ? On m’a demandé plusieurs propositions et j’ai failli retenir « Delgger Khan », qui sonnait un peu plus comme Gengis Khan. Mais au final, j’ai réussi à garder Yeruldelgger grâce à un argument pratique : avec ce titre, je me démarquais de tous les autres, et le titre lui-même devenait un moyen de communiquer sur ce « polar mongol au titre imprononçable ». Votre question en est la meilleure démonstration.

Ian Manook

Comment en arrivez vous à choisir la Mongolie pour votre premier polar ?

J’ai écrit ce polar à la suite d’un pari d’écrire deux livres par an, dans un registre et sous un pseudo différent à chaque fois. Le genre polar était le quatrième sur la liste et la question s’est posée de savoir quel genre de polar écrire. Alors j’ai appliqué une règle que je m’impose dans mon métier : chaque choix doit être à la fois pertinent et inattendu. Pour le côté pertinent, j’ai construit une intrigue policière et des personnages plutôt classiques. Restait à situer l’action dans une époque ou un lieu inattendu. J’avais fait un voyage en Mongolie quelques années plus tôt, et je me suis dit que ce serait très inattendu grâce à la culture ambiante, aux traditions nomades et à la spiritualité chamanique qui abordent de façon très inattendue justement des notions très polars comme la mort, la violence, la vengeance, le pardon etc.

 

Quelles sont les étapes clés de la genèse de votre écriture ?

J’écris de façon assez particulière. La plupart du temps sur mon lieu de travail (Une agence de créa), au milieu des autres et en partageant mon écran entre mes manuscrits et mes maquettes. J’écris sans plan, d’un seul jet et plutôt vite, et sans documentation préalable en ne nourrissant mon récit que de mes propres souvenirs que je vais juste vérifier de temps en temps pendant la relecture. Je pose d’abord deux scènes a priori sans aucun rapport entre elles (La scène de la découverte de la gamine enterrée dans la steppe par Yeruldelgger et l’enquête sur les trois Chinois par Oyun), et ensuite je resserre les boulons au fur et à mesure pour amener ces scènes à construire la base d’une intrigue que je suis loin de maîtriser quand j’attaque les chapitres suivants.

Ian Manook

Vous êtes une des dernières révélation de la littérature policière pourquoi ne pas avoir toucher à ce genre plus tôt?

Si j’avais été un peu moins nonchalant dans la vie, si j’avais un peu moins voyagé, si je n’avais pas monté et dirigé deux sociétés, j’aurais peut-être pu construire plutôt une carrière d’écrivain. D’un autre côté, ce premier roman se nourrit probablement de ma nonchalance, de mes voyages et de mon expérience. Difficile de répondre, donc. Par contre, même si je continue à écrire avec plaisir des intrigues policières, j’espère avoir le temps, malgré mon grand âge, de m’essayer à d’autres styles et d’autres genres.

Ian Manook

En quatrième de couverture  de Yeruldelgger est mentionnée qu'il y a désormais La Mongolie de Ian Manook (comme la Suède de Mankell, L'Ecosse de Rankin), est-ce une forme d'emprisonnement ?

C’est surtout un argument marketing (je ne l’ai pas écrit moi-même, bien évidemment) démesuré par rapport à l’œuvre de ces trois grands auteurs… que je ne connaissais pas. Venu au polar par hasard à la suite d’un pari, comme je l’ai expliqué, j’y suis arrivé sans aucune culture en la matière. Mes références en matière de polar datent des années soixante-dix avec Ludlum, Forsyth et Le Carré. D’ailleurs cette comparaison m’a valu quelques rencontres très particulières pendant les signatures. Deux lecteurs ont été déçus de voir que je n'étais pas Mongol au point de se sentir trahi par mon « mensonge marketing ». J’ai compris par la suite que Rankin, Mankell et Indridason n’ayant écrit que sur leur propre pays, ces lecteurs avaient pu croire que si Ian Manook écrivait sur la Mongolie, il ne pouvait qu’être Mongol. Bien entendu, c’est une comparaison qui me flatte et je la prends comme un compliment, mais malgré le succès de Yeruldelgger, j’arrive encore à maîtriser mon ego. On me dit désormais dans la cour des grands, mais j’ai bien conscience que cette cour est très grande, et que j’y entre par une toute petite porte.

 

 

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 BIOGRAPHIE

bio utilisée par Transboréal pour mon essai sur les voyages

 

Né à Meudon en 1949, Patrick Manoukian est parti, dès l’âge de 16 ans, pour trois mois dans le Bronx, à New York, puis deux ans après pour 40 000 kilomètres en stop à travers les États-Unis et le Canada. Après des études en droit européen et en sciences politiques à la Sorbonne, et de journalisme à l’Institut français de presse, il entreprend le grand voyage initiatique de l’époque… à l’envers. Aux chemins de l’Inde et de Katmandou, il préfère ceux qui le mènent en quatorze mois de l’Islande au Belize, puis jusqu’au cœur du Mato Grosso brésilien où il séjournera treize mois de plus.

De retour en France au milieu des années 1970, Patrick Manoukian devient journaliste indépendant et collabore à Vacances Magazine et Partir, ainsi qu’à la rubrique tourisme du Figaro. Journaliste à Télémagazine et Top Télé, il anime également des rubriques « voyage » auprès de Patrice Laffont sur Antenne 2 et de Gérard Klein sur Europe 1. Il devient ensuite rédacteur en chef des éditions Télé Guide pour lesquelles il édite, en plus de leur hebdomadaire, tous les titres jeunesse dérivés des programmes télévisés : Goldorak, Candy, Ulysse 31… En 1987, il crée deux sociétés : Manook, agence d’édition spécialisée dans la communication autour du voyage, et les Éditions de Tournon qui prolongent son activité d’éditeur pour la jeunesse (Denver, Tortues Ninja, Beverly Hill, X-Files…).

De retour du Brésil, Patrick Manoukian a écrit en 1978 pour les éditions Beauval deux récits de voyage : D’Islande en Belize et Pantanal. Le premier tome de la saga des Bertignac pour la jeunesse a paru aux éditions Hugo & Cie et le polar mongol Yeruldelgger chez Albin Michel, sous le pseudonyme de Ian Manook. Il a également signé les scenarii de trois BD d’humour aux Éditions Semic et chez Hugo & Cie.

Patrick Manoukian reste bien entendu un grand amoureux du Brésil, et aussi de l’Argentine où sa plus jeune fille s’est installée. Il demeure aussi très attaché aux paysages d’Islande, terre de son premier grand voyage, et à ceux d’Alaska et de Mongolie qu’il a découverts par la suite. Et il aimerait, s’il le pouvait, vivre et écrire en Toscane où réside son autre fille…

Tag(s) : #Interview Reportage

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